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Point sur la crise sanitaire au 23 juillet dans les Hautes-Alpes

« Nous avons eu vent de rumeurs, et si on ne tue pas la rumeur, il nous appartient de bien préciser les choses » c’est par ces mots que Martine Clavel, Préfète des Hautes-Alpes, commence ce point presse. Elle est accompagnée par le docteur Guylaine Baghioni, directrice départementale de l’ARS.

Dr Guylaine Baghioni, directrice départementale de l’ARS 05 et Martine Clavel Préfète des Hautes-Alpes (Photo: Julien ROYER)

Nous allons, exceptionnellement commencer par la conclusion: Il n’y a pas de foyer (cluster pour les intimes) d’infection, aujourd’hui, dans les hautes-Alpes. Répétons-le: Il n’y a pas de foyer d’infection de la covid-19 dans les Hautes-Alpes à la date du 23 juillet. Les services d’urgence sont très occupés mais comme ils le sont lors de chaque période vacances, la montagne étant un espace magnifique et dangereux.

Pourquoi cette obligation de port du masque vient-elle en plein mois de juillet et est-elle pertinente?

Nous ne sommes pas une île et le virus, en lui-même, continue de circuler et des foyers apparaissent ici et là et peuvent apparaître n’importe où, n’importe quand. Les hauts-alpins partent aussi en vacances et des gens de partout viennent aussi, bref… Les humains sont comme les virus, ils circulent là où ça leur chante et parfois ça créé des bouchons, des foyers, des… clusters !

Il était évident que ce coronavirus, comme tous les autres, profiterait du voyage et il allait de soi que les congés seraient favorables à sa circulation. C’est la raison pour laquelle les recommandations de vigilance et les limitations restaient de mise. Le nouveau gouvernement, soucieux d’inscrire sa marque d’entrée, a décidé d’aller au delà des seules recommandations en imposant dans certains lieux et certains rassemblements, le port du masque.

Martine Clavel et Guylaine Baghioni précisent que cette obligation a surtout vocation a limiter le risque de reprise épidémique, voire pandémique, et l’état préfère imposer cette mesure, somme toute assez légère, au risque catastrophique d’un nouveau confinement. Le docteur Baghioni indique que la méconnaissance de ce virus et les débats qui agitent le landerneau scientifique et médical le démontrent, incitent à la plus grande prudence tout en reconnaissant que les outils de diagnostic sont bien meilleurs aujourd’hui et ont permis de contrôler la grande majorité des foyers mais, il en apparaît de nouveaux chaque jour.

Le masque est-il efficace?

La réponse est clairement OUI. Il ne protège pas à 100% de la transmission virale (pas même les masques chirurgicaux qui ne sont pas faits pour ça) mais il limite le transport du virus et donc le risque de reprise épidémique. La ceinture de sécurité n’empêche pas les accidents, les morts, les blessés, mais elle limite les dégâts. Le port du casque n’empêche pas les chutes, les accidents, mais limite le risque de voir son cerveau rouler à côté de ses pompes. Même la capote n’est pas sûre à 100%, mais elle limite les risque de MST. Limiter est le maître mot de cette affaire. C’est la seule réponse existante, aujourd’hui, qui fait consensus, pour freiner, limiter la propagation du virus et surtout, il faut vraiment insister, le risque d’un confinement dont les dégâts sociaux et humains sont tragiques. Santé Publique France admet, aujourd’hui, que le confinement généralisé a aussi tué et que les chiffres des décès ne sont pas tous liés directement au virus mais aux conséquences des politiques publiques prises au début de l’année. Même si la Préfète, et c’est son rôle, en vante les mérites en précisant que ça a limité le nombre de décès, la circonspection sur cette affirmation est de mise et l’analyse demande un recul plus long pour en avoir le cœur et la raison nets.

Le masque est-il obligatoire partout? (clique !)

La réponse est clairement NON. Il est obligatoire là où il était déjà recommandé. Dans les lieux clos recevant du publics et où les distanciations physiques ne sont pas possibles. Il reste obligatoire là où il l’était déjà, comme dans les transports en commun. Faut-il le porter à l’extérieur en permanence?… Il n’y a là pas d’obligation et c’est à chacun de faire comme il l’entend sans être qualifié de « mouton asservi » ou de « rebelle de cirque ». On n’est pas obligés de se ficher sur la margoulette pour des conneries aussi futiles. Chacun fait selon ce qu’il en pense pour lui-même. Nos libertés sont déjà très entamées et il n’est pas nécéssaire d’ajouter la dictature de l’opinion dans le marasme. C’est les vacances , merde ! Un peu de joie et on met un masque là où le panneau dit de le mettre, ce n’est ni compliqué, ni insupportable et on fait ce qu’on veut là où rien ne l’oblige.

L’avis de la rédaction

Nous sommes en vacances, mais conscient des rumeurs et des débats qui ont ressurgit ces derniers jours, nous avons accepté l’invitation à ce point presse pour avoir des données exactes. Après cet article, nous reprenons nos vacances (non mais !).

« Une donnée exacte » n’est pas la vérité, c’est la donnée à partir de laquelle les politiques publiques sont décidées. On les trouve plus précisément sur le site de Santé Publique France (SPF) et celui de l’Agence Régionale de Santé (ARS). Il faut bien lire dans les détails et ne pas se contenter des mots-clés. Il ne faut, par exemple, pas confondre « augmentation des cas positifs » avec « reprise de l’épidémie »…. L’augmentation du nombre de tests opère un changement dans les données et le fait que beaucoup de gens soient infectés doit être mis en face des données hospitalières pour mieux les appréhender. C’est aussi du rôle des médias que de faire ce décryptage pour les citoyens qui n’ont pas le temps ou la disponibilité de le faire. Il n’y a pas le feu au lac, mais la vigilance, ça ne mange pas de pain et la solidarité collective pour fournir des masques à ceux qui n’en n’ont pas et n’ont pas les moyens d’en avoir est la seule question qui vaille.

A ce sujet, on peut dire que le Président de la République devrait changer de boulot lorsqu’il affirme que l’état n’a pas vocation a fournir des masques à tout le monde… Si ! De fait, cette crise touche tout le monde et, de fait, c’est justement du rôle de l’état que de mettre à disposition de tous les moyens de se prémunir d’un mal commun. Sinon, ça voudrait dire que l’état ne sert à rien. On rembourse le doliprane, il n’y a aucune raison objective pour ne pas rembourser ou prendre en charge les masques dans la période d’obligation. Emmanuel Macron, si vous n’avez pas conscience de ça, alors trouvez vous une activité à votre mesure… Poterie, peinture sur soie… Il y a plein de choses à faire de très drôle dans la vie.

La maison brûle toujours, le virus n’arrange rien, mais il n’est pas à l’origine du feu. La question de l’urgence de la transition écologique reste primordiale et limiter un risque épidémique ou autre en plus va assez de soi. Pour autant, ce virus et les questions sociales et sociétales ne sont pas sans rapport. Cette crise sanitaire a généré une hystérie mondiale hors norme et ne peut que nous interroger non pas sur un « monde d’après  » hypothétique mais sur le monde de maintenant et ce que nous en faisons. Les philosophes, qui parlent souvent pour ne rien dire (ah ben si, quand même !) devraient se remettre à philosopher sérieusement et un peu moins s’autotéléviser et arrêter de s’écouter blablater. Cette crise, en effet, montre les limites d’une époque matérialiste et relativiste qui a fait son temps, apportée du progrès mais, aujourd’hui, devient toxique et à l’aune de cette affaire de covid, doit se reposer notre rapport à la vie et sa finitude.

Les débats… Ou plutôt, les bagarres de chiffonniers, c’est le cas de le dire, des pro trucs et des anti machins expriment des peurs, des questions qui vont au delà du seul sujet des discussions. La question de la liberté individuelle mise en balance de l’état sécuritaire social est un sujet qu’on ne peut pas éviter si on ne veut pas basculer soit dans le chaos, soit dans l’hygiénisme systémique ou pire… Dans une dictature de l’opinion qui n’a rien à voir avec le pouvoir du peuple. De ce point de vue, le chef de l’état (encore lui? !) et le gouvernement sont loin du sujet et souvent hors sol. Mais le décalage des dirigeants n’est pas nouveau et la démocratie, cet-à-dire la prise en main par peuple de son propre destin, n’est pas une affaire de pouvoir mais de volonté commune. Il faudrait donc cesser de tout attendre de l’état, et même commencer à penser à ne plus rien en attendre… et arrêter de se bastonner pour commencer à dialoguer sans oukase ni jugements à l’emporte-pièce sur les uns et les autres. Les pro trucs ne sont pas des saints, les anti machins pas des salauds et si nous ne faisons pas l’effort de nous écouter et d’entendre l’autre alors il est une certitude: nous serons tous des cons.

Leo Artaud

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