Culture et savoirs

Et un, et deux, et trois… Martinets !

Nuée de martinets dans le ciel gapençais (© copyright Julien Royer)

Jeudi dernier à Gap, place jean marcellin, se déroulait le soir un drôle de ballet: 5 personnes déambulaient la tête en l’air au milieu des terrasses des cafés. Vous allez me dire que c’est une drôle d’idée de marcher la tête en l’air, en plus c’est risqué! Et la je vais répondre vous n’avez pas tout à fait tort… Mais ces personnes ne faisaient pas n’importe quoi, ils comptaient les martinets! On va vous expliquer pourquoi.

Mais d’abord qui les compte?

C’est la LPO (ligue pour la protection des oiseaux) qui s’occupe de ce comptage. Depuis juillet de l’année dernière la section LPO de Gap a entreprit un comptage des martinets dans la ville. Ce soir la 5 bénévoles étaient présents. Ils font également d’autres comptages d’espèces d’oiseaux différentes (Hirondelles, vautours, oiseaux de jardins, oiseaux d’eaux, etc…).

Trou sous le toit de la batisse qui sert de nichoir aux martinets (© copyright: Julien Royer)

Pourquoi compte-t-on les martinets?

Valérie Vincent et Michel Vergès, de la LPO Gap, nous expliquent que c’est pour faire un inventaire de la population et surtout pour répertorier les nids et leurs lieux afin de les rentrer dans une base de données et communiquer tout cela à l’urbanisme. Ensuite, la ville communique ses données à l’architecte lors de travaux sur une maison, école, entreprise, etc… Comme cela l’aménageur peut trouver des solutions pour ne pas impacter les martinets présents sur le site. Il peut mettre en place des nichoirs en solutions de remplacements des nids qui risquent d’être détruits. Il faut savoir que les martinets nichent sur le territoire Français de mi-avril à fin aout, durant cette période aucun travaux ne doit être effectué afin de ne pas déranger la nicher.

Les martinets ne font pas de nids propres et utilisent les trous des bâtiments. (© copyright Julien Royer)

Les martinets vivent en couple quand ils sont en France de mi-avril à fin aout et se séparent quand ils partent en Afrique, au Congo ou au Zaïre et lorsqu’ ils reviennent en France ils retournent à leur nid. S’il est détruit non seulement il faut qu’ils recherchent un nouveau nid et aussi un(e) autre partenaire. Raisons pour lesquelles, le rôle de comptage et de la LPO est important.

 Il faut savoir aussi que les jeunes martinets sont tout de suite lancés dans le grand bain de la vie, après avoir été élevé pendant une quarantaine de jours ils partent en Afrique directement. Non seulement ils font ce grand voyage à l’âge d’un mois et demi mais ils ne se poseront plus pendant 3 ans, c’est-à-dire qu’ils dorment en l’air, font leur toilette en l’air, mange en l’air, ce n’est que vers la quatrième année qu’enfin ils vont se poser, chercher un nid et un(e) partenaire.

Entretien avec Valérie Vincent et Michel Vergès:

Êtes-vous amenés à intervenir sur certains chantiers?

Oui nous sommes intervenus l’année dernière au lycée Dominique Villard, c’était au tout début de notre existence. Le 11 juillet 2019 nous avons répertorié les nids de martinets sur le site et le 14 nous apprenons que des travaux allaient avoir lieu! Ça a été le branle-bas de combat; Nous avons été obligés d’agir dans l’urgence… Au bout du compte nous avons réussi à obtenir 60 nichoirs pour remplacer les nids détruits qui seront mis en place au mois de septembre. Nous avons aussi le chantier de destruction du carré de l’imprimerie: il faut qu’on répertorie le nombre de nids présent sur place et trouver une solution de remplacement.

Le martinet est-il un oiseau  qui peut occasionner des dégâts?

Il faut savoir que le martinet est un oiseau qui se nourri essentiellement d’insectes, c’est un insectivore. Ses défections sont sèches à comparer à un pigeon par exemple, où là elles sont plutôt liquides. Et il ne laisse pas ses déjections dans le nid. Ils ne causent aucuns dégâts aux bâtiments si cela peut rassurer les personnes qui ont des nichées de martinets chez eux.

Y a t-il d’autres menaces pour les martinets que la destruction de leur nid et quelles serait les conséquences d’une diminution de l’espèce?   

Le réchauffement climatique est une menace pour lui, surtout pour les jeunes sujets qui avec la chaleur ont tendance à sortir la tête du nid est basculer dans le vide. Il faut savoir qu’une fois à terre contrairement à plusieurs espèces d’oiseaux les parents ne vont pas le chercher , de ce fait il est condamné à mourir. Les pesticides sont eux aussi un danger pour l’espèce qui tue leur proies et par conséquence diminue leur garde manger.                                               

Si l’espèce diminuait la chaine alimentaire s’en retrouverait perturbée et de nouvelles espèces prendraient la place, notamment les corvidés (corbeaux, corneilles, pies, etc…) qui eux sont omnivores et (ou) charognards. De ce fait moins d’insectes seraient mangés et leur régulation en serait perturbée, c’est pour cela qu’il est capital de sauvegarder l’espèce!

Martinet (© copyright Julien Royer)

La LPO de Gap est une association de passionnés d’oiseaux et de nature en général, ils donnent beaucoup de leurs temps libre pour la sauvegarde des martinets. Cependant ils peuvent être considérés par d’autres concitoyens comme des «emmerdeurs d’écolo», pourtant ils sont ce que chacun de nous devrions être! Des défenseurs de la nature que nous faisons partie, nous avons trop souvent tendance à l’oublier.

Julien ROYER

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