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HLM GAP: Colère et incompréhension

Quartier de Cèdres-Serrebourges vu de Saint-Mens (© copyright Leo Artaud)

Depuis la fin mai, les locataires de 87 (sur 211) résidences du parc locatif de l’OPHLM 05 ont reçu un décompte de charges locatives négatif, soit entre 100 et 400 euros à payer. Habitués à plutôt être remboursés, les résidents concernés par cette hausse subite ont du mal à comprendre, pour la plupart, une telle différence entre les années précédentes et la note salée qu’ils viennent de recevoir.

Plusieurs pétitions circulent pour demander soit le report, soit l’annulation de cette régularisation massive. Un premier courrier de l’Office précisait qu’il s’agissait d’une régularisation liée à un retard de facturation de l’état et des fournisseurs d’énergies du dernier semestre de 2018 et de la répercutions des hausses des taxes et du gaz et électricité.

Cependant, en épluchant les décomptes, ont s’aperçoit également que d’autres frais sont comptés, notamment de maintenance, sans que les locataires n’aient vu l’ombre d’une amélioration des mauvaises conditions d’habitat dans leur logement. Des frais de gardiennage sans gardien, de chauffage plus élevé pour un hiver plus doux et toujours des problèmes de moisissures, d’isolement ou encore d’insalubrité des « communs » non résolus.

Question chauffage, malgré les pétitions, les mobilisations de l’année passée, pour régler les disparités de distribution de la chaleur dans un même immeuble, le constat est toujours le même: il fait froid dans certains logements et trop chaud dans d’autres. Lorsque certains sont obligés d’ouvrir les fenêtres en plein hiver, d’autres sont contraint d’ajouter des convecteurs ou souffleurs électriques. Nul besoin d’avoir fait polytechnique pour comprendre qu’il y a des dysfonctionnements matériels malgré l’intervention d’employés des services dont les conclusions ne satisfont pas souvent les demandeurs. Bref… Ce sont des passoires thermiques.

En off, des techniciens nous ont confirmés être conscients des problèmes mais être impuissants à pouvoir les régler sans engager des travaux importants pour réparer ou changer l’ensemble des systèmes. Les employés n’étant pas décideurs, il semble bien que les habitants soient aussi impuissants à se faire entendre par la direction de l’OPH.

Nous avons contacté l’Office qui nous a répondu ceci:

« L’OPH05 procède comme chaque année, au mois de juin, à la régularisation des charges locatives de l’année N-1 c’est-à-dire 2019.

L’ensemble des locataires a donc reçu un décompte de régularisation faisant apparaître les dépenses réelles de l’année 2019 au regard des provisions mensuelles appelées, et pour lesquelles l’OPH05 veille à en ajuster en permanence le niveau afin de ne pas avoir à opérer une régularisation trop importante, à la charge du locataire.

Ce décompte est adressé un mois avant son imputation sur l’échéance du loyer, étant rappelé que les locataires disposent d’un délai de 6 mois pour consulter les factures, délai prorogé de 1.5 mois suite aux dispositions particulières induites par la crise sanitaire actuelle.

Pour 2018 et sur certaines résidences, le montant des dépenses de chauffage notamment est en augmentation du fait de la facturation tardive soit par l’état au fournisseur d’énergie des taxes sur le gaz naturel du dernier trimestre 2018 et reportée sur l’exercice 2019, soit directement par le fournisseur EDF, concernant le mois de décembre 2018 et reportée également sur l’exercice 2019.

Tous les locataires concernés soit 87 résidences, ont été informés par note du 27 mai, préalablement à l’envoi du décompte.

Bien évidemment les personnes qui n’étaient pas locataires en 2018 ne sont pas concernées et verront leur décompte adapté.

Pour les autres locataires bien que tardivement facturées par l’Etat ou EDF, il s’agit de  dépenses payées par l’OPH05 propriétaire et récupérables auprès de ses locataires. Bien évidemment toutes les facilités seront accordées aux locataires qui en feront la demande pour étaler le paiement de cette régularisation.

Pour conclure si effectivement les locataires de 87 résidences sont concernées par cette régularisation « négative » c’est-à-dire ont à payer des dépenses complémentaires, les locataires de 124 résidences enregistrent une régularisation positive, c’est-à-dire se verront rembourser des provisions.« 

Direction générale de la gestion locative

Dans cette réponse, plusieurs éléments nous interpellent:

  1. « l’OPH05 veille à en ajuster en permanence le niveau afin de ne pas avoir à opérer une régularisation trop importante, à la charge du locataire.« 

« trop important » est une notion vague et subjective… entre 100 et 300 euros pour des gens qui sont au minimum retraite ou avec des revenus bas, des gens directement impactés par la crise sanitaire et qui ignorent encore quelles vont être les conséquences du confinement sur leur devenir professionnel (saisonniers, travailleurs précaires…), vu d’eux et même de nous, c’est « trop important ». Mais vu d’un cadre bien logé et bien payé, ça n’a pas le même impact, c’est certain.

2. « Bien évidemment les personnes qui n’étaient pas locataires en 2018 ne sont pas concernées et verront leur décompte adapté.« 

Là nous sommes étonnés que ce décompte ne soit pas mieux ciblé et nominatif dès lors que nous avons put vérifier que des non résidents en 2018 avaient bien reçu la facture. Ils se verront soulagés que leur situation soit revue mais ça nous laisse dubitatif sur la gestion locative, d’autant que les dates d’entrée en logement sont bien inscrits sur ces décomptes (voir photo).

3. « si effectivement les locataires de 87 résidences sont concernées par cette régularisation « négative » c’est-à-dire ont à payer des dépenses complémentaires, les locataires de 124 résidences enregistrent une régularisation positive, c’est-à-dire se verront rembourser des provisions.« 

Il nous semble, là encore, assez étonnant, que les comptes aient été réguliers pour la majorité des résidences et que nul n’ai vu un problème sur les autres en 2019… Au plus bas de la fourchette, si on compte en moyenne, ça représente plusieurs dizaine de milliers d’euros (nous n’avons pas le compte exact), de différence sur l’année précédente, ça ne passe pas inaperçue.

Incompréhension, désarroi et colère

Vous avez été très nombreux à témoigner de votre situation. Au delà de cette facture, vous avez exprimé un ras le bol général du manque d’écoute de votre bailleur.

(Nous préservons l’anonymat des témoins)

« Je tenais à témoigner j habite au HLM ancien séminaire et moi aussi j ai reçu un courrier de régularisation et je suis mécontent« 

 » il est clair que des choses sont complètement illogiques !!. Tout d’abord comment se fait il que l on nous réclame une somme de 2018 ? Sur quels appuis ?. Au colombier on nous facture 265 jours de chauffage !!!! C est une aberration !. De plus il y a 3/4 ans on nous a changé la chaudière pour faire des économies…. Je pense que clairement on se moque de nous… De plus je précise que les radiateurs sont a peine tiède durant l hiver… Qu est ce que ça sera les hivers froids ????. « 

« 

« Je suis habitante d’un soir disant F3 à Beauregard (soit disant, car une des deux chambres est en fait une salle à manger ouverte sur le salon, pour fermer cette pièce c’est évidemment à notre charge).Je vous contacte suite à la facture de « régul » et tous les autres problèmes mentionnés par les autres locataires.Je ne compte pas payer cette régul, il en est hors de question. Pour notre foyer nous payons 534€ de chauffage à l’année plus 2 chauffages électriques qui doivent tourner l’hiver avec un soufflant dans la salle de bain. L’hiver est extrêmement froid dans les appartements, ils coupent même les chauffages en journée. »

« 

« J’ai moi aussi reçu une régularisation de charges de 112.07 euros du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2019.Alors que j’ai passé l’hiver avec 19 degrés et des moisissures dans le salon et la cuisine. J’ai envoyé les photos à l’OPHLM et à la mairie mais n’ai jamais reçu de réponse. J’ai investit dans un bain d’huile et la facture d’électricité a elle aussi flambé. J »habite au 5ème étage et je passe l’hiver à l »ombre d’un autre bâtiment . Lorsque j’ai signalé au concierge que j’avais des moisissures il m’a gentiment appris que je n’aérais pas suffisamment et que la condensation était à l’origine de ces moisissures. Or j’aère l’appartement 15 minutes chaque matin et soir!Je suis de tout cœur pour toutes actions faites pour faire-valoir nos droits. »

« 

« Au Super Gap on atteint quasiment 326 euros de régularisation de charge à verser. Outre la fameuse explication concernant le chauffage de 2018, ici c’est le petit entretien qui fait le gros de la note. Enlever le Concierge nous a fait énormément perdre niveau finance. On aimerait comprendre pourquoi le petit entretien coûte autant. Car c’est quand même une énorme somme qui nous est demandé. »

Des témoignages de ce type, nous en avons reçu et lu des centaines… Et qui représentent près de 10% des locataires du parc gapençais HLM public. Sachant que nous ne sommes pas un média encore bien connu, cela révèle de vrais malaises qui semblent perdurer. Beaucoup d’anciens locataires nous ont fait part de la dégradation au fil du temps de la gestion locative mais également, et il faut le dire, de l’incivilité de certains locataires que les manques de gardiennage et de médiation n’arrangent pas.

Bien sûr, la vie d’une cité, d’une résidence, c’est aussi de la vie et la vie ça fait du bruit, mais il y a une différence entre la vie et le bordel. La Capitale n’est pas « douce » pour tout le monde, semble t-il. Dans vos témoignages, vous exprimez également la difficulté du confinement et son lot de violences, de crises qui n’ont pas arrangés les choses.

A contrario, vous avez, en grande majorité, salué le travail des employés de l’Office qui, eux, restent à l’écoute et font ce qu’ils peuvent avec les moyens qu’on leur donne. Ils sont, bien entendu, en première ligne de vos colères et ça fait partie de leur travail mais, ils ne sont pas responsables des problématiques.

Depuis quelques temps, des collectifs citoyens tentent de recréer des comités de quartier indépendants des institutions pour pouvoir agir en nombre face à des directions ou des décisions venues « d’en haut » (il y a plusieurs hauts… Sic). Il s’agit d’établir un rapport de force équilibré pour obtenir davantage d’écoute et de résolution des soucis. C’est le cas du collectif « Printemps heureux » soutenu, notamment, par le mouvement « La France insoumise », des citoyens Gilet-jaunes et, bien sûr, d’abord des habitants des quartiers. Ils seront présents à Molines samedi prochain de 10h00 à 12h00 (aux pieds des immeubles) C’est peut-être là que réside la clé, dans la reprise en main des habitants de la vie de leur quartier. Selon le proverbe populaire « si le pognon fait la force des puissants, l’union fait celle des « petites gens » ».

L’OPHLM 05 s’engage à proposer des arrangements de paiement, de la « régul » en question, à ceux qui demandent.

Une pétition a été engagée par des habitants. Vous pouvez l’imprimer, la faire signer autour de vous et l’adresser à

OPH 05

23, Bld Georges Pompidou

CS 86004

05003 GAP Cedex

L’avis de la rédaction:

Il fait, sans nul doute, bon vivre à Gap si on compare à d’autres villes moyennes en France. Mais ce « bon vivre » n’empêche ni la misère qui n’est pas moins pénible au soleil, ni la fragilité de l’équilibre précaire économique de notre territoire. On peut toujours ergoter sur le fait des beaux paysages, des bus gratuits etc… ça ne justifie pas de vivre mal logé, mal écouté, mal considéré. Lorsqu’on paye un loyer, on a le droit en retour à ce que le bailleur mette tout en œuvre pour que la qualité d’habitat soit garantie.

Les logements publics ne sont pas les seuls concernés par ces problématiques. Les marchands de sommeil, les profiteurs de précarité sont nombreux aussi dans le privé. Le Centre-ville, derrière ces beaux pavés, ses façades repeintes, le « sourire » de sa Liseuse, cache aussi une misère locative et humaine assez éloignée de l’ambition affichée d’une « Capitale douce ».

Derrière l’affiche, il y a des ventre creux, des souffrances et si ce n’est pas spécifique à Gap, ça n’autorise pas de l’accepter sans rien dire, ni faire. Le potentiel de notre ville est loin d’être atteint et il serait bienvenu que la population soit impliquée dans son devenir que ce soit au niveau de l’institution municipale mais également mieux représentée dans les structures de vie. Se contenter du peu, c’est aussi renoncer au mieux. Se dire « on a déjà la chance que » c’est aussi accepter impuissant à la « malchance de sa condition ». Comme aurait dit un certain « locataires de tous les quartiers, unissez-vous » pour changer la donne.

Nous nous ferons un devoir de relayer toutes les initiatives de vos quartiers, aussi n’hésitez-pas à nous informer : lanouvellecommune@gmail.com

Leo Artaud

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