Météo

Météo gapençoise du 1er juin 2020

Nous entrons dans la 23ème semaine. Le jour se montre à 05h53 et se démontrera à 21h14. Notre Terre fait sa révolution chaque jour et, à ce titre, ne devrait-on pas la rebaptiser Che-Terre?

Météo !

Oiseau de nuage gapençois (© copyright Pascale Escallier)

Après une belle matinée ensoleillée, des nuages viendront ajouter des blancs, des gris, des nuances de ciel pour faire joli et peut-être nous offrir un peu de son eau dans l’après-midi. Le taux d’humidité sera élevé et un petit vent de 13kmh sud et ouest-sud-ouest viendra caresser les ailes de nos hirondelles et martinets.

Le 1er juin 1855 voit la première publication de « Les fleurs du mal » de Charles Baudelaire. Scandalisée, le bonne société française, post-révolutionnaire et impériale, aura tôt fait de condamner l’ouvrage et le poète à une censure de 6 pièces ( Les bijoux ; Le Léthé ; À celle qui est trop gaie ; Lesbos ; Femmes damnées ; Les métamorphoses du vampire )et une forte amende (réduite par l’impératrice Eugénie, l’épouse de Napoléon III). Les six poèmes seront publiées en Belgique en 1861 à l’occasion d’une réédition et il faudra attendre 1949 pour que la patrie des droits de l’homme, de la Liberté-Egalité-Fraternité, daigne les réintégrer.

Pour la petite histoire dans la grande, la condamnation fut proclamée après une plainte pour atteinte à la morale publique et la morale religieuse… Ce dernier chef d’accusation ne fut pas retenu et c’est la morale publique qui donnera lieu à punition et censure… La morale publique… Cette petite musique totalitaire qu’on appelle aussi la dictature de l’opinion à ne pas confondre avec la morale commune, qui définit quelques règles de base du vivre ensemble.

Ces derniers mois, la morale publique a prise tellement de place dans nos débats qu’elle a largement participé de la décision politique. J’dis ça, j’dis rien ! Mais comme dit Ginette « On emmerde le roi, dieu et la république ! » et vive les mécréants !

Les bijoux

OLYMPIA d’Edouard Manet (œuvre ayant aussi subit la censure et le scandale en 1860)

La très-chère était nue, et, connaissant mon coeur,
Elle
n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
À mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi comme un tigre dompté,
D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

S’avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s’était assise.

Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l’Antiope au buste d’un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun le fard était superbe !

— Et la lampe s’étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d’ambre !

Charles BAUDELAIRE

Enivrez-vous par Reggiani :

« Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.

Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : « Il est l’heure de s’enivrer !

Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

Charles Baudelaire – Le Spleen de Paris, XXXIII

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