L'édito

La France en liberté conditionnelle

Le 28 mai, le Premier ministre Edouard Philippe a donné les nouvelles restrictions dites « phase 2 du déconfinement ». Même si celui-ci précise en début de son intervention que la norme serait désormais la liberté et l’interdit, l’exception, il va de soit qu’il s’agit là d’une « licence politique », d’un effet de langage. La liberté conditionnelle n’est jamais la liberté et l’état d’urgence est toujours appliqué.

Intégralité de son intervention (ainsi qu’Olivier Véran et Jean-Michel Blanquer)

(source: chaîne youtube AFP)

Pour notre territoire, il faut noter l’autorisation de réouverture conditionnée à la mise en place de mesures sanitaires des bars, restaurants, hôtels, campings et la fin de la limitation kilométrique pour les déplacements à compter du 2 juin. Vous trouverez avec l’excellente initiative départementale d’Impec’Alpes les règles de tous les espaces ouverts et fermés.

L’avis de la rédaction:

Fontaine centre-ville (© Leo Artaud)

Il y a un changement de ton avec l’appel à la responsabilité individuelle mais cela reste hésitant sur l’usage du bâton. « Il ne s’agit pas d’avoir peur » dit le chef du gouvernement, mais toute la stratégie de début de crise à justement constitué à faire peur au lieu de s’adresser à l’intelligence des gens.

Il est vrai qu’une partie de nos concitoyens pensent que les autres sont forcément des cons et qu’il faut punir plutôt que faire confiance mais rien ne le prouve, ne le démontre. Rien ne démontre non plus que ceux qui tiennent le bâton ne soient pas des cons, non plus. Tout laisse à penser que nous sommes parfois con et parfois pas et qu’entre les deux, chacun réfléchit à sa manière pourvu de n’être pas noyé sous l’émotion. La dictature de l’opinion est la pire qui soit puisqu’on ne peut se défaire nous-même.

On n’oublie pas les encouragements à la délation, les excès de zèle qui ont motivé certaines contraventions et même des incarcérations et le moralisme hygiéniste qui, au moment fort de la crise, a soudain frappé notre pays, encouragé par le discours politique.

Ce nouvel angle d’approche est donc intéressant sachant que ce virus et bien d’autres ont été, sont et seront récurrents. En dehors des virus, il y a plein d’autres choses qui menacent en permanence et, notamment, les désastres écologiques que nous alimentons par nos modes de vie, de consommations et qui ne tuent pas moins. Si la responsabilité individuelle devient la nouvelle norme de la vie commune, alors nous sortirons par le haut de cette crise. Mais avec des « si » on refait bien des mondes en se payant de mots et le pan-hygiénisme guette à la porte de nos consciences plus collectives que communes. Des intellectuels ont, durant cette période, alerté sur cette dérive possible, notamment Julia de Funès (oui la petite fille de Louis) ou encore André Comte-Sponville en posant autrement le débat. Nous y reviendrons dans des articles à venir.

Leo Artaud

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