A la UNE

Gap: Il va falloir en mettre un coup !

Si la Capitale douce a été relativement peu touchée par le coronavirus, en revanche elle prend cher sur ses conséquences et notamment la politique de confinement généralisé. La fermeture de la majeure partie des petits commerces et des marchés pendant deux mois et plus pour les bars, restaurants, cinémas, toujours fermés, a mis à mal des trésoreries ayant peu, voire pas, de réserves. C’est le cas également de la plupart des artisans dont l’activité a été stoppée soit par l’interdiction d’activité, soit pas une chute de la demande créant ainsi un effet de récession de temps court, mais brutal.

Photo © Leo Artaud

8 commerçants sur 10 que nous avons rencontrés après le 11 mai nous on fait part de leur incompréhension de la fermeture de leur établissement alors qu’ils étaient à même de mettre en place des mesures de protections et de distanciation physique bien plus aisément que les grandes surfaces.

La Librairie des mots passants a mise en place un système de commande pendant le confinement. Si elle a pu rouvrir le 11 mai, la partie café reste fermée ce qui représente un manque à gagner important. (Photo © Julien Royer)

Maigre consolation, mais réjouissante tout de même, certaines activités ont tiré leur épingle de ce mauvais jeu en mettant en place des systèmes de drive et de plats à emporter et ont vu, pendant ces deux mois une clientèle nouvelle. La solidarité a joué un rôle important dans la publicité faite à ces commerces, notamment liés à la production locale proposant des produits de qualité. Ce fut le cas de la démarche proposée par Drive-fermier 05 ou celle de Circuit-court 05. Le Panier gapençais, la Pause du Content, le coop grenier qui, avec l’association Mobil’idées a mis en place un service bénévole de livraison pour les personnes les plus fragiles, furent d’autant d’initiatives heureuses qui ont limité la casse.

Les grandes surfaces généralistes ont, quant à elle, profité à plein de ces fermetures tout en offrant des conditions de contamination de masse idéales. Contresens dont on a peine à comprendre la logique même si certaines d’entre elles ont proposées quelques espaces aux producteurs locaux.

Pour ce qui est de la saison touristique, si le gros du chiffre d’affaires a été réalisé avant le confinement, les activités locales ont été stoppées ce qui génère un manque à gagner très important et bien souvent pour des petites structures qui survivent tout juste à l’équilibre en temps normal.

Depuis le 11 mai, si certains ont pu rouvrir, des questions restent en suspens sur les bilans et une grande incertitude pour beaucoup de commerces et d’artisans se fait sentir sur le retour de la clientèle et la tenue de la saison d’été. La limitation des 100kms va priver de la venue des vacanciers de mai-juin et on ignore encore ce que seront juillet-août si les mesures de restrictions sanitaires sont maintenues. Sans compter que la mise en chômage partiel de beaucoup de gapençais a forcément impacté le budget moyen et l’épargne est souvent de mise dans les périodes de crise.

Julien Royer a rencontré le propriétaire gérant de la boutique Chapi-Chapeaux:

La boutique affiche 1/3 du chiffre d’affaires en moins par rapport à d’habitude et la collection d’été commence à arriver. Pour ne pas couler il a touché le fond de solidarité en mars et avril. Il a dut fait un emprunt à l’état qui permet de combler la trésorerie et se payer. Il lui est difficile de critiquer la gestion de la crise, vu que la fermeture à touché tout le monde mais ne comprends pas qu’il y a pas eu un gel des loyers alors que tous les petits magasins étaient fermés.

C’est une constante de la plupart des commerçants que nous avons rencontré… Certains plus impactés que d’autres.

C’est dans ce contexte que la Préfète, Martine Clavel, accompagnée de la sénatrice Patricia  Morhet-Richaud, de la députée Pascale Boyer et de Chantal Garcin, présidente de la chambre des métiers et de l’artisanat 05, Mathieu Badinier, directeur général de la CCI, ont effectué une visite de commerces gapençais le 15 mai dernier. L’objectif était d’écouter les demandes et les propositions faites par les commerçants directement impactés mais aussi d’annoncer une série de mesures proposées par l’état.

Martine Clavel, Préfète des Hautes-Alpes (© Leo Artaud)


La délégation s’est rendue à L’Epicurien, La pause du Content, Maxi mode…

Du côté municipal, si la ville a été présente sur le soutien à la population grâce à des équipes mobilisées, La fermeture des marchés et leur réouverture en mode très restreint a été le signe d’une valse-hésitation et une action timide de l’édile de la ville pourtant habitué aux décisions d’autorité. Ce sont les deux groupes d’oppositions qui sont montés au créneau avec deux appels distincts :

Déclaration de Gap autrement sur leur page Facebook :

 Pourquoi les uns et pas les autres ?

Depuis la réouverture des marchés à Gap, les producteurs bio ne peuvent pas venir vendre leurs produits sur les marchés de centre-ville. Quand on connaît l’attachement des Gapençais aux circuits-courts et à une consommation qui associe qualité et proximité, on ne peut que regretter cette décision. Il est de la responsabilité des pouvoirs publics locaux de permettre à tous les producteurs de pouvoir vendre leurs produits sur les marchés de centre-ville, non seulement en temps normal, mais aussi dans cette période difficile pour tous, pour les consommateurs et surtout pour les producteurs. Ce n’est pas en empêchant les producteurs bio de vendre sur les marchés du mercredi et du samedi qu’on les aidera de la meilleure des manières à traverser cette crise. Nous espérons qu’une solution pourra être trouvée rapidement.

Communiqué d’Ambition pour Gap :

Un grand plan de relance pour les commerçants, les artisans et les producteurs.

A Gap comme ailleurs, les commerçants, artisans, producteurs locaux sortiront terriblement affaiblis de  la période de confinement qui vient de s’achever.

La commune doit se tenir à leurs côtés pour leur permettre de se relever après l’arrêt total de plusieurs semaines de leur activité ou d’une grande baisse de leur chiffre d’affaires.

Nous proposons donc une série de mesures simples et rapides qui relèvent de la municipalité ou de l’agglomération afin de favoriser la relance de leur activité :

  1. Mise en place d’un fond de portage des loyers qui proposera la prise en charge d’une partie des loyers et l’étalement dans le temps du paiement du reste des mensualités. Nous proposons également d’associer à cette démarche les propriétaires des baux commerciaux afin de les inciter à participer la reprise des activités.
  2. Création de nouvelles pistes cyclables pour faciliter l’accès au centre-ville mise en place de navettes régulières (toutes les 15mn) vers tous les parkings relais de la ville et leur aménagement pour les rendre fonctionnels et attractifs et extension à 2 heures de la gratuité du stationnement en centre-ville jusqu’à la fin de l’été.
  3. Exonération temporaire des redevances, pour les producteurs locaux, pour les emplacements sur les marchés du mercredi, du vendredi et du samedi.
  4. Possibilité pour les producteurs locaux de s’installer et de vendre sur des emplacements non réservés habituellement aux marchés (parkings relais par exemple). Cette possibilité pourrait être également élargie aux AMAP, “drive fermiers” et autres circuits courts.
  5. Exonération des redevances pour les commerçants, artisans et producteurs locaux pour la prochaine foire d’automne.
  6. Accompagnement à la création, le développement et la mutualisation de nouveaux services commerciaux au centre-ville comme nous le préconisions dans notre projet, notamment la livraison à domicile ou encore la garde des enfants durant la période de courses.
  7.  En lien avec le Département et la Communauté d’Agglomération, mise en place d’un dispositif pour accompagner les commerçants, artisans et producteurs dans le remboursement du “Prêt Garanti par l’Etat” actuellement proposé.
  8. En s’inspirant de la plateforme CCI et en s’appuyant sur l’incubateur Gaaap, accompagner les commerçants, les artisans et les producteurs dans le développement de leur communication pour valoriser leur activité et développer des initiatives (paniers, regroupements d’artisans,…)
  9. Aider à organiser l’espace public pour faciliter la distanciation physique : organisation des files d’attentes extérieures, réaménagement des terrasses des cafés et restaurants.

Nous comptons également sur la responsabilité de chacune et chacun d’entre nous afin d’amplifier le mouvement que nous constatons depuis quelques semaines, d’un retour à des consommations plus responsables, plus locales. Nos commerçants, artisans, producteurs auront besoin de nous tous. La mairie doit prendre sa part. La construction d’un monde plus écologiste, plus humain et solidaire dépend de chacun de nous.

De son côté, Chantal Garcin, présidente de la Chambre des métiers suggère un report ou une annulation des cotisations pour une période de 4 mois post-confinement afin d’anticiper un retour à la normale lent et de limiter les risques de dépôts de bilan dans les prochains mois. On ne sait si elle sera entendue.

Certains commerçants, dont ceux vendant du textile, demandent un report de la période des soldes afin de garder quelques marges pour se refaire et combler les commandes de collections d’hiver qui n’ont pas pu être toutes annulées à temps.

L’économie sociale et solidaire n’est pas non plus au beau fixe. L’UDESS 05 publiait il y a quelques jours un bilan contrasté (ICI) sur les situations diverses d’un modèle économique pourtant en bonne santé.

Côté culture, là c’est la bérézina. Les cinémas, toujours fermés, vont devoir faire face à plusieurs difficultés. La loi française réserve les films pendant 4 mois aux salles obscures, ce qui a aussi vocation à rentabiliser les films notamment d’auteur, mais pas sans spectateurs. Les petits producteurs qui fonctionnent à flux tendu ne rentreront pas dans leurs frais et certains ne s’en remettront pas.

Le directeur du Palace prévoit « un bouchon » de grosses productions pour la rentrée, les tournages ayant repris ces dernières semaines. Quid des cinémas d’art et d’essais ? difficile à dire aujourd’hui. Pour les théâtres, et notamment les petites compagnies et le spectacle vivant, ça dépendra des capacités matérielles de supporter les annulations. Beaucoup de spectateurs ont refusé les remboursements par solidarité et des communes, des organisateurs, ont maintenu certains cachets et paiements des prestations également. Les mesures annoncées par le ministère de la Culture et l’intervention d’Emmanuel Macron n’ont pas tellement rassuré les acteurs (au sens large) du monde du spectacle et certaines annonces relèvent plus du surréalisme et on a pu voir que le Président est un bon vendeur, mais un très mauvais acteur… .  

L’avis de la rédaction :

Le canard déchaîné gapençais (© Leo Artaud

Ce n’est pas un secret, notre rédaction est critique depuis le début sur la décision du confinement indifférencié tel qu’il a été mis en place en France.

Notre territoire fonctionne à l’équilibre, mais ne pourra s’en remettre qu’au prix d’un plan de relance fort. Le succès relatif des productions locales, démontre qu’il y a une forte attente populaire d’une transition verte de l’économie haut-alpine. Un bras de fer est engagé entre la députée Pascale Boyer et le Président du département qui ne sont pas d’accord sur l’utilisation des fonds de soutien promis par l’état (dont 18 milliards pour relancer le tourisme en France). La première voudrait que ces fonds servent à engager dès maintenant un tourisme vert, 4 saisons, et refuse que ce soit un chèque en blanc, le second se rêve peut-être déjà avec des télésièges tout neuf à Superdévoluy. C’est l’une des multiples batailles qui vont se mener dans les mois qui viennent.

La relance c’est bien, mais ça n’ira pas sans un fort signal des consommateurs vers les producteurs locaux et une aide massive à la conversion agricole, déjà bien engagée vers le bio (27% des terres cultivables du département). Les Hautes-Alpes pourraient sans doute devenir le premier département labellisé vert, éthique sociale et solidaire. Il pourrait ainsi attirer à lui un tourisme nouveau et donner une nouvelle dynamique pour tirer le meilleur de la crise et en sortir grandi. Le développement d’éco-industrie pourrait également venir combler et renforcer l’économie locale surtout dans la partie sud du département où le changement climatique est plus sensible. Enfin, un changement radical de production agricole est à souhaiter pour en finir avec la destruction massive de la biodiversité et ce changement ne pourra venir que du dialogue et de la confiance à instaurer entre les différents acteurs. L’heure est à la recherche de consensus et le temps des bastons de bastions doit impérativement cesser.

Si chacun reste dans son coin à compter ses pertes et ses larmes… Alors un autre destin est possible pour notre territoire : le temps de la misère qui ne sera pas moins pénible avec 300 jours de soleil… Même avec de la soupe aux herbes sauvages.

Leo Artaud, Julien Royer

Print Friendly, PDF & Email

Catégories :A la UNE