Culture et savoirs

1er Festival « Les Alpes d’après » : Pari réussi !

Dimanche 26 avril se tenait le premier festival virtuel intitulé « Les Alpes d’après ». L’idée des organisateurs était de réunir des forces associatives et humaines du territoire pour penser le monde d’après à partir du présent.

Diffusées en direct sur la chaîne Youtube et la page Facebook, des tables rondes se sont succédé tout au long de l’après-midi de 15h00 jusqu’à 21 heures sur différents thèmes : alimentation, éducation, solidarités et luttes, coopération, économie, citoyenneté. Chaque table ronde avait entre 3 et 5 intervenants avec des temps de paroles bien organisés et limités.

Retrouvez l’intégrale:

Des témoignages de personnalités locales : élus, militants, ainsi que des passages artistiques : poésie, musique, ont ponctués les interventions donnant à l’ensemble du festival une cadence agréable. Bien sûr… Il manquait les bruits, les parfums des stands, le plaisir des buvettes, mais au final la formule virtuelle contrainte s’est avérée intéressante et techniquement bien réalisée avec peu de couacs techniques.

Sur le fond, on a surtout vu des acteurs militants déjà bien engagés dans des actions spécifiques avec des associations, mouvements qui animent la vie sociale et solidaire du département. Tous ont en commun une vision partagée des valeurs humanistes et coopératives (membres actifs d’Agribio 05, Court-Jus, Échanges paysans, Écritoire 05, Espace Freinet 05, Ludambule, 82-4000, Tous migrants, Gilets jaunes, No THT, Secours populaire, Coodyssées, UDESS 05, CESAÏ… retrouvez tous les liens sur le site https://alpesdapres.site/ ).

La diversité des intervenants a permis de voir les nuances de points de vue sur la situation actuelle et la vision de l’après, mais a également mis en lumière une communauté de besoins communs sur le temps présent : briser l’isolement des plus fragiles, mettre de la nourriture dans les assiettes au sens le plus littéral et trouver les moyens de contourner la récupération politique de la crise sanitaire de certains états, dont la France, à des fins de surveillance massive et de contrôle permanent des citoyens.

L’intervention qui nous a le plus marqués fut celle d’Agnès Antoine (No THT, Tous migrants, Secours populaire et surtout co-fondatrice de l’association des Croquignards à la Roche de Rame). Elle insiste sur la réalité du monde présent bien loin du monde d’après que nous serions capables d’imaginer et alerte sur la possibilité que celui-ci ne tourne pas dans le sens de nos utopies. Le monde d’après pourrait aussi être pire que celui d’avant si on se réfère à l’instant T. 

L’avis de la rédaction :

(Ndlr : nous avons suivi les 3 premières tables rondes dans leur intégralité : Alimentation, Éducation et solidarités et luttes. Notre avis se base uniquement sur ce que nous avons vu)

Notre territoire est propice aux micro-expériences, mais elles se réalisent dans un cadre relativement privilégié par ses contraintes socio-économiques et géographiques. Nos faiblesses alimentent notre force, mais restent sur un fil ténu et fragile et la crise actuelle pourrait tout aussi bien voir s’effondrer non pas le monde d’avant, mais celui rêvé d’après. Tout tient sur la belle humanité et celle-ci nous suffira-t-elle ? Rien n’est moins sûr si les beaux débats restent dans l’entre-soi et que la population dans son ensemble variée ne s’en empare pas.

L’autre danger qui n’est que peu apparu (voire pas) dans les interventions du festival est la dérive panhygiéniste liée à la surinformation continue qui ne permet pas de réfléchir, mais de réagir dans la peur microbienne cérébrale entre deux pages de pubs cancéreuses. On a beaucoup parlé d’humanité, d’empathie, de bienveillance, mais assez peu du sens de la vie. La philosophie fut sûrement la grande absente et ce ne serait pas un mal si la poésie se démaquillait un peu de sa performance expérimentale pour en revenir, au moins de temps en temps, sur ce pour quoi elle existe : laisser entendre subliminalement les échos des champs du possible. Lorsqu’on entend un bruit, c’est qu’il est émis de quelque part, non ?

Entre la lucidité et l’utopie, c’est donc la première qui ressort le mieux de ce premier Festival virtuel. Sans chichi, sans grandes envolées lyriques, sans vouloir déplacer les montagnes, mais au contraire en tirer le meilleur et pour tous, dans l’ensemble cette expérience nous a ravis et nous avons hâte qu’elle se reproduise et dans le réel dès que ce sera possible.

Leo Artaud

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