L'édito

Le déconfinement, c’est maintenant ! (?)

Merle gapençais interloqué (© Leo Artaud)

Le déconfinement en question

En annonçant un début de déconfinement possible à partir du 11 mai prochain, le Président de la République a fait ce qu’il sait faire de mieux : des annonces improbables. Visiblement surpris et désemparé, Édouard Philippe, qui comprend mieux qui est le chef, doit suivre derrière pour raconter des histoires au peuple dont il ne connait ni les pendants ni les aboutissants. Commencer par la réouverture des écoles pour enclencher le nécessaire déconfinement pose des questions multiples et envoie un drôle de message. La fin de l’attestation ridicule, la réouverture des parcs, jardins publics, avec des messages sur les gestes barrières, celle des petits commerces et marchés bien plus à même de les faire respecter que les grandes surfaces, la distribution de masques et l’organisation de dépistages massifs et pourquoi pas, des mesures de quarantaines locales ou personnelles pour les personnes diagnostiquées… Bref… Mettre d’abord en place les moyens de protection pour que la vie reprenne son cours aurait fait sens.

Le confinement à la française a commencé officiellement le 20 mars dernier avec l’injonction : « Restez chez vous, sauvez des vies ». Le but de l’opération étant de ralentir la propagation de l’épidémie afin de ne pas saturer le système de santé déjà bien affaibli par les casses sociales successives. Très vite, nous comprenons qu’il s’agit, avant tout, d’une mesure à l’arrache pour pallier les manques de masques, respirateurs et tests. Les prises de position variables et contradictoires s’entremêlent jusqu’à l’allocution martiale de « Nous sommes en guerre », martelé par Emmanuel Macron. Ça ne rigole plus, la guerre étant une affaire sérieuse. L’armée est appelée en renfort, surtout dans la Région Grand Est où un foyer important est déclaré. Des patients sont déplacés sur des régions moins touchées par TGV sanitaires. Cela n’aura pas empêché que le pays qui représente 1% de la population mondiale paye un lourd bilan de près de 10% des décès liés au virus dans le monde.

On assiste, dans le même temps, à une bataille de chiffonnier entre des scientifiques, des médecins, des étudiants de première année qui en « sachoir » plus que des prix Nobel, des experts sortis de l’école de journalisme… Bref, un bordel sans nom s’instaure et envahit les réseaux sociaux autant que les médias sur la bonne et la mauvaise science. Après tout, c’est la richesse d’un pays démocratique que le débat s’installe avec ses bons et ses mauvais penchants.

Dans le même temps, Macron et son parti parviennent à obtenir par un tour de passe-passe, les pleins pouvoirs par une loi dite d’Urgence sanitaire. La gauche atomisée ne saura que s’en émouvoir sans aller au-delà de la seule indignation, et contre toute attente, réclamera plus de contraintes liberticides tout en préparant le « monde d’après » en mode intellectuel faute d’avoir le courage de l’immolation… ou ad-minima de rébellion. Pour les « jeunes », le « monde d’après » c’est comme « le grand soir », c’est une vue de l’esprit. Une vision d’entre-soi bien codée et formatée qui permet de faire illusion d’action. Certes, ce sont souvent les grandes tragédies qui génèrent les grands changements…

D’abord sidérée, la population va très vite soutenir ceux qui sont au front pour contenir le virus et faire le sale boulot : les soignants, les agriculteurs et mille métiers dont on mesure qu’ils sont plus indispensables que beaucoup d’autres. En dehors des applaudissements au balcon, de véritables chaînes de solidarité vont s’activer et une certaine émulation collective s’instaure faute d’une unité nationale rendue impossible par la gestion répressive et absurde de l’État. Localement, des collectivités, des entreprises, des particuliers vont mettre leur énergie en commun ou seuls pour se démerder à trouver des solutions, des systèmes D pour parer au plus urgent. C’est la beauté des petites résistances, celles qui n’entrent pas dans l’histoire, mais qui la font en temps réel.

Le déconfinement c’est maintenant !

Non, non, ne sortez pas dans les rues avec des feux d’artifice et le champagne, ça veut juste dire que les mesures sanitaires minimum sont mises en place pour que le capitalisme soit sauvé, que les marchés retrouvent des couleurs et que les actionnaires et autres rentiers se gavent de plus belle. Voilà pourquoi c’est l’école qui va rouvrir ; il faut bien un système de garderie massif pour que la machine redémarre ! Le MEDEF a déjà prévenu que les petites mains ouvrières et les « classes moyennes » devront payer la note et qu’elle va être salée… Poivrée même !

Des actions syndicales, citoyennes sont déjà sur le coup pour préparer la « rentrée » sociale pour que tout ne redevienne pas comme avant. Si nous restons fragiles face à des évènements comme les virus, toutes les politiques ne se valent pas et l’Allemagne, par exemple, a montré qu’on pouvait agir autrement et obtenir de bien meilleurs résultats. Il s’agit, pourtant, d’un pays capitaliste, libéral, mais visiblement… Mieux armé. Notre ligne Maginot s’est avérée obsolète et une remise à plat totale de notre République usée devient apparemment inéluctable.

Leo Artaud

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