L'édito

Macron: en dernière ligne !

Déconfinement : Le 11 mai… Oui mais !

Macron ou la résurrection manquée (ressource web)

Ce lundi soir 13 avril, Emmanuel Macron a fait sa troisième allocution à l’adresse des français depuis le début du confinement. Un discours plus confus que celui du 16 mars où le ton martial était plus prégnant. Même si le Président de la République distingue plusieurs « lignes » de front, il écrit « On disait que nous étions un peuple indiscipliné, et voilà que nous respectons des règles, des disciplines parmi les plus rigoureuses jamais imposées à notre peuple en temps de paix »

Il fait aussi une sorte d’inventaire de l’état de misère dans lequel se trouve notre pays en termes de moyens disponibles pour affronter des crises pourtant annoncées depuis plus de 15 ans par tous les chercheurs et les acteurs scientifiques du monde. « Le moment, soyons honnêtes, a révélé des failles, des insuffisances. Comme tous les pays du monde, nous avons manqué de blouses, de gants, de gels hydro alcooliques. Nous n’avons pas pu distribuer autant de masques que nous l’aurions voulu pour nos soignants, pour les personnels s’occupant de nos aînés, pour les infirmières et les aides à domicile » Ce n’est pas la première crise, ce ne sera pas la dernière et faire ce constat sous le prétexte de l’imprévisibilité plutôt que sur les politiques d’austérité sociales menées est quelque peu déraisonnable. Factuellement, tous les pays du monde ne sont pas dans la même situation et ne gèrent pas la crise de la même manière. Si tous s’accordent sur les « gestes barrières » et « la distanciation sociale » qui serait mieux nommée « physique », les règles de confinement varient et les mesures liberticides également. On ne peut pas dire, à l’instant T, au vu des chiffres annoncés, que la France a choisi la bonne formule.

Et voilà qu’Houdini Macron sort un lapin de son chapeau : le 11 mai. Pourquoi pas le 4 ou le 18… non pour mettre fin au confinement, mais pour remettre la machine de production en route. Pour ceux qui rêvaient d’un autre monde, il faudra repasser après le vaccin. C’est la seule raison pour laquelle il annonce la réouverture d’écoles et de crèches, afin de pouvoir mettre les enfants en garde et reprendre le boulot.  Le Chef de l’État s’autorise quelques déconfinements linguistiques en mode « j’dis ça, j’dis rien… Et c’est ce rien qui fera loi » comme « Il nous faudra bâtir une stratégie où nous retrouverons le temps long, la possibilité de planifier, la sobriété carbone, la prévention, la résilience qui seules peuvent permettre de faire face aux crises à venir. » Notez bien la dernière phrase, en gras, c’est la plus importante. De résilience, il y en a deux… La première est physique et définit la résistance aux chocs des matériaux, exemple : la résilience de la pupille ou de l’arcade sourcilière contre le jet d’une balle de caoutchouc. La seconde est psychologique : elle définit l’aptitude à affronter un stress intense et à s’y adapter, exemple : le syndrome de Stockholm est une forme de résilience. Lorsqu’on met ça juste derrière « le temps long » et « la possibilité de planifier » on a affaire soit à Staline, soit à un vendeur en assurance qui va nous la faire à l’envers. Au choix donc. Heureusement, « la sobriété carbone » n’est pas oubliée et on imagine que les usines de fabrication des masques reprendront du service avec les anciennes machines à tisser mécaniques.

Une autre phrase vaut son pesant « dort » : « Ces quelques évidences s’imposent aujourd’hui à nous, mais ne suffiront pas. Je reviendrai donc vers vous pour parler de cet après. Le moment que nous vivons est un ébranlement intime et collectif. Sachons le vivre comme tel. Il nous rappelle que nous sommes vulnérables, nous l’avions sans doute oublié. » Cette fois c’est la première phrase (en gras) la plus importante parce qu’elle vient juste après celle du paragraphe précédent. La résilience ne suffira donc pas et le temps long non plus, visiblement… Quant à la planification… de quoi ? Je ne sais pas qui a oublié que nous sommes vulnérables et qu’on peut mourir à tout moment, même confinés… Je ne sais pas qui sont ces « nous » qui l’avaient oublié ? Mais nul doute qu’Emmanuel Macron reviendra vers nous pour nous expliquer ça plus concrètement et avec moins d’évidences du vide qui s’imposent.

La phrase la plus emblématique de son discours un tant soit peu flou et vaseux est celle-ci : « Il nous faudra nous rappeler aussi que notre pays, aujourd’hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ». Ces mots, les Français les ont écrits il y a plus de 200 ans. Nous devons aujourd’hui reprendre le flambeau et donner toute sa force à ce principe. » Dans la première partie, on suppose que les 1ères, 2ème et 3ème lignes de front vont avoir une grosse augmentation ! Mais la seconde partie est intéressante : elle est inscrite dans l’article 1 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen écrite en 1789. L’article entier « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ». Si la première phrase fait clairement référence au servage et à l’esclavagisme plus tard, la seconde est, comment dire ? Sujette à débat. Selon que vous serez précaire miséreux ou patron du MEDEF, vous n’aurez pas nécessairement la même vision de cette « utilité commune ». Après la première allocution très socialiste du 12 mars, on aurait presque rêvé qu’il nous rappelle plutôt l’article 1 de la constitution de la 5ème République : La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale… Pas libérale ! SOCIALE.

Sur le plan du covid-19, puisque c’est tout de même le sujet principal de tout le merdier, il y a eu deux épisodes intéressants ces derniers jours : la visite du Président à l’IHU d’Aix-Marseille dirigé par le « sulfureux » professeur Raoult et une autre visite à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre. Si la première avait pour objet de montrer qu’il était sur tous les fronts, notamment ceux de la polémique, la seconde est plus emblématique du climat actuel : elle s’est faite sans journaliste et a donné lieu à un échange tendu avec des soignants (les 1ères lignes) où le Chef de l’État s’est fendu d’une réponse pour le moins étonnante : « je ne prendrai pas la responsabilité de ce qui s’est fait avant » … Comme s’il n’avait rien à y voir et n’avait pas conduit les mêmes politiques. Comme si « la continuité de l’état » n’était pas de sa responsabilité aussi. Ce manque de responsabilité à la tête du pays explique pour beaucoup le flou scientifique et le désordre des débats qui agitent l’espace médiatique. Personne ne veut être responsable de rien, mais avoir tous les avantages qui vont avec la fonction tout de même. Lorsqu’on prétend à diriger alors on assume même de prendre de mauvaises décisions s’il le faut. Le leader maxi-mots de la République en marche (à côté de ses pompes) a rendu hommage à la société du bricolage qui sauve de l’incurie des gouvernants qui ne veulent plus être responsables de rien. Si gouverner c’est prévoir alors force est de constater que nous ne sommes pas gouvernés.

L’avis de la rédaction : Faites vos masques, rien ne va plus ! il semble que l’État a la tête dans l’cul !  

Leo Artaud

L’allocution en intégralité:

https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/04/13/adresse-aux-francais-13-avril-2020

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