Mouvement social et luttes

(covid-19) Solidaires 05: l’Etat doit prendre ses responsabilités…

Le syndicat Solidaire 05 nous adresse le communiqué suivant:

COVID-19 : l’Etat doit prendre ses responsabilités vis à vis des personnes mal-logées ou Sans Domicile Fixe ! 

Malgré plusieurs sollicitations auprès de la préféte des Hautes-Alpes, l’intersyndicale 05 dont
l’Union Syndicale Solidaires05 n’a toujours pas été reçue.

Dans un contexte de crise sanitaire considérée par le gouvernement comme une guerre, nous rappelons que vivre à la rue ou dans des lieux réquisitionnés par la population est un facteur aggravant d’une contamination par le Covid 19. Non seulement l’inertie et l’irresponsabilité des pouvoirs publics met en danger de mort une population ayant déjà un taux de morbidité important, mais elle met également en danger la population générale. Plus de 3500 personnes sont aujourd’hui à la rue, en demande d’asile ou non, en région Île-de- France, sans accès à l’hébergement ni à un accompagnement médico-social. On estime à 200 000 le nombre de personnes SDF sur tout le territoire, et un quart d’entre elles sont mineur-e-s. 2 millions de personnes en grande précarité comptent au quotidien sur la banque alimentaire pour se nourrir, au vu des mesures actuelles de confinement, de fermeture des restaurants solidaires, c’est la faim qui va tuer avant le COVID 19. Cette crise sanitaire, c’est aussi une crise d’ampleur sociale, véritable fossoyeuse des plus précaires. Dans les Hautes-Alpes, il en est de même. Certes la trêve hivernale est prolongée de 2 mois, jusqu’au 31 mai, pour éviter que les personnes exclues et précaires ne se retrouvent dans des conditions sanitaires dramatiques, mais aucune mesure n’a été prise pour héberger celles qui vivent dans la rue, dans des lieux insalubres ou à forte concentration ! Rien n’a été pensé pour les protéger d’une contamination massive alors que le risque de mort est élevé pour elles. Les personnes SDF, en demande d’asile, en attente de solutions, font partie d’une population déjà fragilisée par un mode de vie précaire, certaines cumulant déjà diverses pathologies. Comment mettre en place des mesures de confinement pour elles ? 

On y a droit au Corona et on s’adapte toutes et tous comme on peut au confinement. Le quotidien médiatique s’étend sur la gravité de la situation et relaye les mesures gouvernementales qui durcissent. C’est dur, ça va être long et chacun-e prend son mal en patience face à l’épreuve entamée. Celles et ceux qui ont des grandes maisons avec des grands jardins se disent qu’ils ont plus de chance que leurs voisin-e-s de lotissements, qu’ils sauveront peut être leur couple et que leurs enfants ne deviendront pas fous/folles. Les lotissements comparent leur quarantaine à celle des résidences, les résidences à celle des apparts, les apparts aux barres de citées, les barres de citées aux sdf, les sdf aux punks à chiens…il y a toujours plus profond que le fond. Depuis trois ans l’accueil de beaucoup d’exilé-es, notamment mineur-es, repose dans notre département (et ailleurs) sur les bénévoles. Beaucoup d’entre elleux sont retraité-es, voire très âgé- es, parfois malades, et s’inquiètent. La fermeture des internats a accentué les nécessités d’accueil. Des bénévoles tournent pour les aider, la peur et la colère au ventre et qui n’ont droit à aucune salve d’applaudissements le soir venu. – Pour beaucoup d’enfants, notamment exilé-es, mineur-es isolé-es ou non, les conditions de vie étaient indignes, et l’école la seule respiration qui permettait d’oublier quelques heures les hébergements surpeuplés. On a fermé les yeux sur les conditions de vie des jeunes, on a craché sur les droits de l’enfant, et aujourd’hui qu’on confine on ose parler de « continuité pédagogique » ? 

Aujourd’hui, la seule directive gouvernementale est pour les sans-logis contaminé.e.s : ils et elles seront placé-e-s dans des centres dédiés aux personnes atteintes par le virus. C’est à dire qu’au lieu de réquisitionner les innombrables logements vides pour protéger les personnes sans-abris de la contamination, le gouvernement les laisse à la rue jusqu’à ce qu’elles soient contaminé-e-s ? Une désagréable sensation de retour en des temps où l’on cloîtrait les pestiféré-e-s et les lépreux-euses. Les travailleurs-euses sociaux ont reçu des recommandations de l’Etat, mais celles-ci sont inapplicables et bien en deçà de ce qu’on est en droit d’exiger d’un gouvernement responsable dans le contexte actuel : les maraudes doivent informer sur les gestes barrières à appliquer dans la mesure du possible ainsi que les points d’eau disponibles dans les villes pour aller se laver les mains. Elles doivent distribuer des masques chirurgicaux et du gel hydroalcooliques qu’elles n’ont même pas pour elles. L’accès aux lieux autogérés accueillants doit être facilités pour les personnels de santé comme pour les personnes remplaçant déjà avant la crise sanitaire, les déficiences de l’État. L’Etat doit prendre ses responsabilités ! L’Union Syndicale Solidaires05 exige l’ouverture en urgence de lieux de mise à l’abri pouvant protéger les personnes n’ayant aucun lieu de confinement possible (avec la possibilité pour certains d’être pris en charge avec leur animal). L’Union Syndicale Solidaires05 exige l’application de la loi DALO, ou loi de réquisition, soit appliquée! Plus aucune personne ne doit être à la rue ce soir et demande la réquisition d’hôtels, des bureaux, des logements vides. L’Union Syndicale Solidaires05 réclame la libre circulation et des moyens de prévention pour les personnels qui vont à la rencontre et accompagnent les plus démunis : masques, gants, solution hydroalcoolique … L’Union Syndicale Solidaires05 attend des réponses et des actes. 

Gap, le 20 mars 2020 

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