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Urgence: On veut tout savoir !

le covid-19 n’est pas le seul élément de la crise sanitaire. D’autres critères entrent en jeu, notamment, les politiques publiques mises en place et les idéologies appliquées. En France, en 2007 fut créé un Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (EPRUS) doté d’importants moyens capables de nous permettre d’aborder une crise d’ampleur. Au fil des choix politiques, pour des raisons économiques ou idéologiques, les moyens ont été réduits et l’EPRUS, sous le ministère de Marisol Touraine, fut réorganisé et fondu dans une structure nationale Santé publique France.

Dans un récent article, Benoît Collombat sur France-culture signe un article au vitriol intitulé « Pénurie de masques : les raisons d’un « scandale d’Etat« . le porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI), Thierry Amouroux n’y va pas par 4 chemins: « C’est du même ordre que le scandale du sang contaminé. Des centaines de milliers de personnes vont être contaminées, d’autres vont mourir faute de cette impréparation du gouvernement et des mauvaises décisions qui ont été prises. Le principe de base c’est d’avoir en stock des masques FFP2. Ces masques, tout comme les masques chirurgicaux, auraient dû être commandés le plus tôt possible. Gouverner c’est prévoir. Quand la crise sera finie, nous espérons que certains responsables qui ont été incapables d’organiser la défense sanitaire du pays auront à répondre de leurs actes devant la justice.« 

« C’est ahurissant, on ne pensait pas que les stocks de l’Etat étaient si bas, s’indigne à son tour le président du syndicat des biologistes (SDB), François Blanchecotte, en première ligne pour réaliser les tests de dépistage du coronavirus toujours dans l’article de Benoît Collombat.

Dans un autre article récent donné au journal l’Humanité et signé par Nadège Dubessay, Bruno Canard, directeur de recherche au CNRS Aix-Marseille et spécialiste des coronavirus, nous affirme que les alertes sur les risques ont été lancés dés 2015 à l’échelle européenne et l’article de préciser: « qu’il existait neuf familles de virus pour lesquelles une émergence était possible. « Le premier sur la liste était le flavivirus, explique-t-il. Le second, le coronavirus. Un an plus tard, apparaissait Zika, un flavivirus. Et aujourd’hui, le ­Covid-19, un coronavirus ! » La Commission européenne ne donnera jamais de réponse. Aujourd’hui, l’Europe met 10 millions d’euros sur la table. « Ridicule », rétorque Bruno Canard. « Dans l’urgence, nous devons rédiger des programmes jour et nuit. Monter des projets en un temps record. Au bout de deux ou trois ans, le virus aura disparu et on n’en parlera plus. » Dans un autre entretien accordé à notre consoeur, il explique: « Pour déterminer une structure de protéine virale et faire un médicament, il faut au moins cinq ans, parfois dix. Avoir étudié un virus émergent quinze ans auparavant permet forcément d’avoir sur l’étagère des molécules prêtes à être utilisées pour la conception de médicaments. Ce programme permettait de s’affranchir de cette espèce de temps de réaction. Mais en recherche virale, en Europe comme en France, on met le paquet en cas d’épidémie, et après, on oublie. C’est ce qui s’est passé pour le Sars-CoV.« 

Nous passons sur les politiques antisociales qui ont généré des mobilisations dans tout le pays et une réponse répressive hors norme de la part de l’état et il faudra se rappeler du proverbe populaire « une mobilisation vaut mille applaudissements au balcon« .

Les questions qui nous taraudent sont: d’accord, on fait comme vous dites sur le covd-19… On est dedans et il faut avancer. Mais quid des autres risques majeurs? Où en sont les mesures en cas d’accident nucléaire, par exemple ? quels sont les moyens prévus en cas d’apparition d’un autre virus d’une autre nature? Bref… Où en est-on réellement, concrètement, sur les moyens existants pour parer à toute autre forme de catastrophe qui peut arriver à tout moment?

Nous nous interrogeons sur des mesures locales comme le fait de maires appelant à donner leurs stocks de masques aux soignants… Et s’il arrive une autre catastrophe, quid de la mobilisation des personnels municipaux qui se retrouveront sans protection aucune? L’impréparation et l’improvisation sont telles que la confiance est rompue surtout lorsqu’on nous affirme que « tout est sous contrôle » et que les autorités savent ce qu’elles font… alors on préfère tout savoir et c’est là que doivent se mobiliser les forces politiques, associatives, syndicales, scientifiques, pour nous faire un inventaire et nous proposer une autre voie. C’est ce qu’avaient proposé les groupes parlementaires Communistes et FI et qui a été rejeté par le gouvernement ce week-end.

Il faut aussi interroger les décisions prises par l’Etat sans avoir peur de passer pour « un défaitiste » ou quoi que ce soit d’autre. Respecter les règles n’induit pas de les considérer comme intangibles. Nous sommes dans l’urgence et il est du devoir de chacun de suivre les recommandations… Mais il est tout aussi du devoir de tous de réfléchir et de regarder ce qui se passe ailleurs. La France, longtemps en pointe, n’a plus la science infuse depuis qu’elle est dirigée par des petits marchands de vide et il nous est impératif d’observer et d’essayer de comprendre comment d’autres pays s’en sortent en choisissant des stratégies différentes. C’est le cas de la Corée comme de Taiwan, Honk-Kong ou de Singapour. Beaucoup d’autres pays ont choisi des système de dépistages massifs comme le préconise l’OMS et le propose des chercheurs en France. Un article du parisien revient sur les propos du Directeur de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus dans une conférence de presse vidéo du 23 mars 2020 où il dit clairement:

« Ce qui importe le plus, c’est ce que nous faisons. On ne peut pas gagner un match de football uniquement en défendant. Il faut aussi attaquer », souligne-t-il. « Demander aux gens de rester chez eux et [établir] d’autres mesures de distanciation physique sont un moyen important de ralentir la progression du virus et de gagner du temps, mais ce sont des mesures de défense qui ne nous aideront pas à gagner . Pour gagner », dit-t-il, « nous devons attaquer le virus avec des tactiques agressives et ciblées. Il faut tester chaque cas suspect, isoler et soigner chaque cas confirmé et suivre et mettre en quarantaine chaque contact étroit« . Or notre gouvernement décide exactement l’inverse et les Préfectures annoncent: « En phase épidémique, le principe est de ne plus tester systématiquement.  »

Le ministre de la santé, Olivier Véran, nous parlait de transparence absolue il y a quelques jours… Chiche! avons-nous envie de lui dire: que le Conseil scientifique nous communique directement ses conclusions et nous serons à même de juger de la pertinence des choix gouvernementaux. On veut des chiffres exacts, des données sûres, des inventaires précis pour être certain que les sacrifices des uns comme des autres ne soient pas soumis à des décisions aux doigts mouillés des politiques… D’autant qu’on ignore où ces doigts se sont posés ! On veut tout savoir… .

Leo Artaud

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Catégories :La Une, Politique