Mouvement social et luttes

En finir avec la précarité menstruelle

L’expression « les anglais ont débarqué », alliée à des noms cocasses comme les « oursins », « les lunes rouges » ou « les ragnagnas », cache un tabou encore persistant, celui des menstruations ou règles. Naturel ce mécanisme biologique coûte très cher personnes démunies (femmes ou transgenres), et caractérise une inégalité sociale de genre.  

En dépit d’une réelle connaissance de leur existence des femmes, et des hommes, ignorent le fonctionnement du cycle des menstruations. Les menstrues sont un écoulement de sang mensuel, en l’absence d’une grossesse. Leur durée ainsi que l’abondance du flux ou pertes varient selon les différentes femmes.  En conséquence le cycle menstruel se caractérise par l’ensemble des phénomènes temporels qui se déroulent entre deux écoulements de sang des règles. Il dure 28 jours en moyenne, plus ou moins quatre semaines. Ce phénomène physiologique de l’appareil reproducteur féminin est régi par le système nerveux central. Ce cycle hormonal se divise en deux phases distinctes: la première dite folliculaire s’étend du 1er au 14 ème jour, phase de croissance de la muqueuse utérine, la seconde va du 14 au 28 ème jour, phase lutéale, provoque en l’absence de procréation une décroissance amenant au saignement.

La précarité menstruelle est une difficulté ou un manque d’accès des personnes réglées aux protections hygiéniques par pauvreté. En sus du tabou culturel du « sang sale » il est dû au prix élevé des protections hygiéniques telles que les serviettes, tampons et des cup. Dans les pays occidentaux la problématique concerne particulièrement les personnes sans abri, précaires et étudiantes. Elles sont 1 700 000 en France à en souffrir d’après l’association Règles élémentaires . Cette précarité entraîne des exclusions dans la vie quotidienne. Incapables de vivre leurs règles dignement ces personnes souffrent de graves troubles physiques (démangeaisons, infections tel le SCT (ndlr : Syndrome du Choc Toxique, potentiellement mortel). Souvent des difficultés psychologiques se greffent aux problèmes de santé comme une perte de confiance en soi, source de difficultés de réinsertion économique et sociale. Plus largement dans le monde 100 millions de filles des pays en voie de développement perdent une semaine d’école par mois au moment des menstrues. Là, l’inégalité d’accès au savoir émancipateur met de futures grandes femmes en marge de l’inclusion sociale. Quelquefois elles doivent choisir entre leur alimentation et des protections périodiques.

En première ligne des initiatives  innovantes prennent ce problème à bras le corps… L’association Règles élémentaires de loi 1 901 est une pionnière en la matière. Depuis sa création en novembre 2 015 ses membres fondateurs poursuivent deux missions:

1)la collecte de produits d’hygiène intime à destination des femmes dans le besoin.

2)Des actions d’ éducation à la santé visant à briser le tabou des règles.

 Au niveau politique, un rapport parlementaire rendu public le 12 février dernier préconise 47 recommandations, porté par deux autrices. Après des années d’ignorance de cette problématique certains politiciens semblent en prendre conscience mais le chemin à parcourir reste long…

Pascale Escallier

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