L'édito

covid-19: Des trous dans la raquette !

Elsa Faucillon (PCF) et Jean-Luc Mélenchon (FI) refusent de donner les pleins pouvoirs au gouvernement.

Dimanche soir a été votée la loi instituant l’état d’urgence sanitaire. Après adoption des lois organiques et ordinaires portant sur les mesures d’urgence, le Président de la République doit signer les décrets pour qu’elles soient effectives. Le consensus n’a pas prévalu et le groupe des Insoumis comme celui des Communistes, ont refusé d’accorder « les pleins pouvoirs » au gouvernement même temporairement. Elsa Faucillon et Jean-Luc Mélenchon (19minutes 40 de la vidéo) ont argué que les mesures proposées étaient loin du compte et donnaient trop de marge de manœuvre sur les modifications du code du travail. Certes le parlement est revenu sur la mesure polémique qui permettait aux entreprises d’imposer 6 jours de congés à ses salariés pendant le confinement, mais il laisse, tout de même, les branches en décider et considère donc, qu’en plus des contraintes liées au confinement, c’est aux seuls travailleurs de payer la note de l’incurie sanitaire du pays. Rien, nada, pas l’ombre d’un poil de fesse en ce qui concerne les revenus du capital, des rentes, de la spéculation… Pas la moindre trace de solidarité des plus riches. C’est pourtant pour alimenter leur caisse jamais assez débordante que les politiques successives ont rogner sur les moyens de l’hôpital et déstructuré le système social.

Le professeur Bruno Canard, directeur de recherche au CNRS à Aix-Marseille et spécialiste des coronavirus confiait au journal L’Humanité jeudi dernier: «  Avec la crise de 2008, les financements attribués à la recherche ont été de plus en plus maigres, nos conditions de travail se sont dégradées. »il ajoute également qu’une lettre d’intention en vue d’obtenir des crédits recherches au niveau européen et datée de 2015:  » expliquait qu’il existait 9 familles de virus pour lesquelles une émergence était possible, que l’épisode du Sras pouvait se répéter et que nous n’y étions pas préparés. Le premier virus sur la liste était le flavivirus. Le second, le coronavirus. Un an plus tard, apparaissait Zika, un flavivirus. Et aujourd’hui, le coronavirus… Lorsque je relis cette lettre, j’en ai les poils qui se hérissent !« 

Professeur Bruno Canard, directeur de recherche au CNRS Aix-Marseille spécialiste des coronavirus (Photo: ressources l’Humanité-journal)

Olivier Véran, le nouveau ministre de la santé, joue la carte de l’héritage sur le ton « ce n’est pas de ma faute, je viens d’arriver » et si il n’y a plus les stocks d’urgence nécessaires ce n’est pas non plus la faute de ceux d’avant… ni de ceux d’avant avant… Ni de... C’est la faute de qui alors? qui a mangé les masques? Christophe Castaner traitait d' »imbéciles » ceux qui ne respectaient pas le confinement il y a quelques jours et il a raison… C’est un expert en matière d’imbécillité et il sait reconnaître les siens lui qui justifiait il y a peu les violences policières contre les travailleurs hospitaliers qui manifestaient pour réclamer le minimum décent pour travailler ad-minima correctement.

Bien entendu, le temps des comptes n’est pas arrivé mais comment donner des pleins pouvoirs avec des mesures de contrôles très réduits a des gens qui ont participé de la faillite de notre système de santé? La majorité s’enorgueillit d’avoir accepté des amendements de tous les groupes et, notamment, d’avoir retiré de la loi d’urgence ce qui touchait à la liberté d’entreprendre… On en reste coi. 40 habilitations au recours d’ordonnances seront possibles durant ces deux mois sur les libertés individuelles mais aucune touchant à la sacro-sainte liberté d’entreprendre… l’un des piliers du capitalisme. Rien ne transparaît dans la volonté du gouvernement sur la remise en question de nos modes de production ni de vie.

C’est pour deux mois? Ce qui est pour deux mois n’est pas que la validation des mesures déjà prises et plus rien n’empêche le gouvernement, durant cette période, de prendre des décisions qui dépassent directement le cadre de la crise sanitaire en elle-même. Faut-il avoir confiance? En politique celle-ci n’est jamais une vertu… C’est une folie !

Physiquement confinés, nous allons devoir faire avec mais notre parole ne l’est pas… Ce n’est d’ailleurs pas tout à fait vrai: la Ministre Murielle Pénicaud accusait de « défaitisme »(terme historiquement lourd de sens) les chefs d’entreprises du bâtiment qui refusaient de continuer leur chantier sans pouvoir assurer le minimum de conditions de sécurité sanitaire pour leurs employés… Pendant ces deux mois, ce gouvernement à le droit de décider que le « défaitisme » est punissable… Il peut en déterminer les contours et les traduire dans la loi comme il l’entend. Et comme il a la majorité, il peut même avec ses nouveaux amis LR, rallonger la période jusqu’à qu’il considère que la crise est finie sur les critères qu’il aura fixé lui-même… La seule marge que nous avons est d’écouter les scientifiques. TOUS ! Même ceux qui nous paraissent farfelus et nous devons faire l’effort de participer de leurs débats, de nous instruire avec les moyens qui sont les nôtres et exiger du gouvernement qu’il applique à la lettre leurs recommandations lorsque celle-ci forment un consensus. C’est le cas aujourd’hui sur le dépistage et l’augmentation des moyens alloués à la recherche. Les courriels ne propagent pas le virus et nul besoin de prendre des gants pour montrer au pouvoir que le peuple reste vigilant.

La réalité:

Nombre de salariés se sont déjà vu imposer des congés avant même que les lois entrent en discussions parlementaires. L’affaiblissement du corps syndical après la casse du code du travail et l’inversion de la hiérarchie des normes, permet à certains patrons d’user et d’abuser de leur position en se fichant pas mal de la collectivité. Le gouvernement annonce qu’il limitera les procédures de licenciement… C’est la moindre des choses mais les interdire eut été plus rationnel. Quid des employés précaires, notamment des travailleurs intérimaires comme des travailleurs à la tâche poliment nommés « autoentrepreneurs »? Bien entendu, tous les patrons ne sont pas des saligauds et beaucoup jouent le jeu mais une belle partie d’entre-eux a déjà montré que sans contraintes claires, ils feront bien ce qu’ils veulent.

« Le jour d’après »

Cette expression utilisée par le Président de la République lors de sa première allocution ne veut strictement rien dire. Le temps ne s’arrête pas parce que nos activités sociales sont suspendues. La vie continue, les oiseaux chantent, les bourgeons fleurissent, la pluie tombe, la Terre continue son voyage et les virus de toute nature vivent leur vie de virus malgré nous. Le ralentissement de nos activités de production nous montre aussi une autre voie possible que celle d’un hypothétique « jour d’après ». Les indicateurs économiques misent sur une perte de 1,9% du PIB… autant dire pas grand chose. Rien qui ne soit pas immédiatement disponible dans la poche des accumulateurs compulsifs du capital. Encore faut-il que le gouvernement profite de ses « pleins pouvoirs » pour saisir, au sens littéral,l’intégralité des milliards de la spéculation pour mettre le paquet sur la résolution de ce mauvais moment. A la guerre comme à la guerre, allons à Pinault, Arnault et Lagardère pour les faire cracher au bassinet du bien commun !

Leo Artaud

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