France-Monde

Opposition, intersyndicale: La parole ne se confine pas !

Dans un précédent article nous écrivions:

« Nous sommes en paix… Et nous le resterons à deux conditions: 1) que tous soyons suffisamment conscients qu’il faut accepter des contraintes temporaires dans des circonstances exceptionnelles et 2) que le pouvoir en place reste bien dans les clous qu’il a défini. »

(photo archives LNC)

Il semblerait, à la lecture du texte de loi validé par le Sénat ce vendredi à 4 heures du matin, qu’il y a, comme qui dirait, une sortie clou du côté opposé à celui très social du discours d’Emmanuel Macron. Chassez le naturel, il revient au triple galop et le « salut à l’état providence » n’aura duré que le temps de cerveau disponible que nous avions prêté à sa télédiffusion. En effet, sauf retournement à l’Assemblée nationale, ce qui paraît peu probable (mais sait-on jamais… Rire !) les entreprises pourraient obliger les salariés à prendre jusqu’à 6 jours de congés-payés durant la période de confinement en plus des RTT et congés de l’épargne temps. Le bât blesse d’autant que ces mesures ne sont ni datées, ni limitées clairement.

L' »en même temps » n’a pas disparu comme par enchantement puisque le chômage partiel n’est pris en charge par l’Etat qu’à 84% et le reste à charge des entreprises… (ndlr: les salaires au smic et en dessous sont payés intégralement) Va comprendre Karl ! C’est ce que dénoncent, entre autre, les organisations syndicales et le mouvement des gilets-jaunes dans un communiqué commun et déclarent également:

 » Au-delà de toutes autres considérations, notre priorité absolue dans la période est de poursuivre l’activité revendicative pour défendre les salariés, leur santé ainsi que celle de toute la population, notamment les plus précaires, les plus fragiles et les SDF. Aucune raison économique ne saurait justifier que des vies soient mises en danger. Aussi, nos organisations syndicales sont indignées par la poursuite du travail dans un certain nombre d’entreprises et administrations des Hautes-Alpes qui n’ont aucune utilité dans la gestion de cette crise. Il est complètement incohérent qu’à titre individuel nous puissions être punis d’une amende en cas de non-respect du confinement et que les entreprises non-essentielles à la gestion de la crise soient autorisées à regrouper des dizaines de salariés. Seules les entreprises et administrations absolument indispensables à la gestion de la crise doivent poursuivre leur activité avec des dispositions de protections sanitaires optimales, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.« 

Dénonçant la posture d’hypocrisie du gouvernement qui consiste à rendre hommage aux agents du service public qu il faisait matraquer il y a encore quelques semaines, L’intersyndicale-Gilets jaunes enfonce le pavé faute de pouvoir le battre:

« Le gouvernement promet des dizaines de milliards d’euros aux employeurs pour faire face à la crise sanitaire actuelle. Il est de sa responsabilité avant tout de mettre tous les moyens nécessaires pour créer les lits d’hospitalisation, les postes de médecins, infirmières, soignants et non soignants et revaloriser le point d’indice de manière significative. Pour combattre efficacement le coronavirus, pour répondre à la crise sanitaire, il faut répondre aux revendications urgentes des personnels de santé et de toutes celles et ceux qui assurent le service public. »

Le texte sera, normalement voté dans les heures qui viennent, et instituera une loi d’état d’urgence sanitaire. Elle permettra, notamment, au gouvernement de légiférer par recours aux ordonnances plus rapidement mais il faudra qu’elles soient ratifiées par l’Assemblée. La situation s’empirant d’heure en heure, il est fort probable que d’autres mesures soient envisagées, plus contraignantes avec des confinements plus stricts qu’aujourd’hui. Il faut rappeler qu’à Wuhan et plus largement Hubei, la quarantaine a d’abord été organisée géographiquement. Tous les transports en communs ont été stoppés et l’activité économique réduite à la seule et stricte nécessité. Les mesures de confinement sont venues plus tard. En France, au vu des témoignages qui affluent sur l’impréparation et l’incapacité de certains secteurs essentiels de pouvoir travailler avec le minimum de moyens, la question se pose quant à la logique gouvernementale sur la gestion de la crise… .

Promettant un second round contre les réformes, pour le moment gelées, le « jour d’après », l’intersyndicale n’est pas la seule à monter au créneau. La liste arrivée en tête de l’opposition aux élections municipales Ambitions pour Gap, s’alarme de la situation et en appelle à l’organisation de la solidarité à Gap:

(Photo: Ambitions pour Gap)

« A l’heure où beaucoup se demandent comment ils vont occuper leurs enfants durant ces moments de confinement ou passer leurs journées chez eux, d’autres, invisibles, se demandent où se loger et comment se nourrir.

La solidarité à Gap est pratiquement à l’arrêt. Les associations caritatives ont presque toutes cessé leurs distributions alimentaires, les stocks s’amenuisent, les accueils de jour et parfois de nuit n’accueillent plus de nouvelles personnes…

Nous appelons donc les pouvoirs publics à réagir en urgence et à organiser la solidarité indispensable pour toutes celles et tous ceux qui sont les victimes indirectes de la crise sanitaire que nous vivons actuellement.

Nous invitons la mairie à prendre un rôle central, en lien avec l’Etat et le département, dans l’installation d’un dispositif adapté à la situation.

Nous sommes prêts à prendre notre part, dans le respect des règles sanitaires  en vigueur et malgré la situation institutionnelle inédite, à agir concrètement dès aujourd’hui. « 

Les pouvoirs, nationaux comme locaux, ont tout intérêt à ne pas mettre la population en rogne. Les gens ont besoin dans cette période d’incertitude d’être certain qu’on ne leur met pas un doigt dans la contrainte pendant qu’ils ont le dos tourné à la maison.

Leo Artaud

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