Culture et savoirs

Gap: 1630, la grande peste !

La chronique de Raoul-Toute ressemblance avec des faits réels n’est pas du tout fortuite !

Sources: Le courrier des Alpes, l’histoire de Gap par Théodore Gautier (archives Gallica-BNF)

C’est sous le consulat de Gaspard Juvénis, Jean Bellon et Jean-Luc Eyraud que le 3 juillet 1630, la grande peste fut déclarée à Gap. Certes, la ville avait déjà connu des épisodes de la maladie, comme toutes les contrées d’Europe de l’Ouest, mais cette fois ci fût particulièrement meurtrière.

Gap de nos jours (© copyright Aurore Althen 2020-Tout droits réservés)

L’ordre des capucins, reconnut par le pape Clément VII en 1528, se mobilisa pour apporter soins et consolations à la population, riche comme pauvre, catholique comme protestante. « La charité chrétienne ne recula point devant la hideuse maladie elle fut la première à braver les périls et à cueillir les palmes de ce genre de martyre. Le lendemain, tous les membres du couvent des Capucins s’assemblèrent au réfectoire et n’hésitèrent pas un instant à s’offrir,en général et en particulier, pour faire le service des malades pestiférés;« 

Gap avait déjà été bien éprouvée par les guerres et bisbilles incessantes entre catholiques et protestants. Nombre de procès émaillèrent l’histoire récente et les rapports entre les seigneurs et représentants de l’église n’étaient pas toujours au beau fixe. Mais revenons-en au sujet:

« Le 5 juillet, le corps municipal tâchait encore des’étourdir et de dissimuler l’apparition de la maladie. Une réunion extraordinaire eut lieu dans le jardin de Monseigneur d’Auriac. L’assemblée fut présidée par l’évêque, bien que les protestants s’y trouvassent en assez bon nombre, car le danger commun avait effacé toute dissidence d’opinions religieuses. » Il fallut, donc, un grand malheur pour que les esprits s’assagissent mais on note que l’administration restait sur la réserve.

C’est le chirurgien Elizée Ollivier, après d’âpres négociations sur ses conditions de rémunération et des moyens mis à sa disposition, qui fut désigné pour prendre en charge la partie médicale aidé par les apothicaires de la ville. « L’assemblée fut d’avis d’accepter les propositions du chirurgien Ollivier de retenir dans la ville un médecin étranger, nommé Arnaud, en lui promettant, ainsi qu’au médecin Sancton, 180 livres par mois; de traiter avec, les apothicaires Louis Meyer, Mathieu Bonnet et Vincent Girard, et de remettre à chacun d’eux la somme de 300 livres pour acheter des drogues destinées au soulagement des habitants de la ville; enfin, d’adopter les autres propositions du consul et, surtout, de publier des avis attestant que, Dieu grâces, la ville n’est pas atteinte de la maladie.«  Théodore Gautier note, à ce propos dans son ouvrage (Tome 2 dont l’original fut publié en 1909) L’histoire de Gap: « Ainsi, comme nous l’avons vu naguère, au temps du choléra, les uns soutenaient hardiment que la peste n’avait pas franchi les murailles de la ville, tandis que les autres voyaient, dans chaque mourant en ce temps déplorable, une victime du fléau destructeur« . Nul besoin des réseaux sociaux, les rumeurs en tout genre circulaient plus vite que la foulée d’un cheval dans les campagnes et le flou institutionnel ne sert guère à la prise de conscience hier comme aujourd’hui.

L’armée fut mise à contribution pour garder la ville et approvisionner en blé pour nourrir les pauvres et acheter des planches pour faire des cabanes et, enfin, trouver un lieu pour loger les malades et assurer que les mesures de quarantaine soient respectées par tous. Certains notables tentèrent de quitter la ville pour s’exiler dans les campagnes.

Beaucoup, pour ne pas dire la plupart, des capucins et des gens qui se portèrent au secours des malades, périrent également de la peste… Et certains de la bêtise qu’aucun virus n’a jamais réussi à terrasser. C’est ainsi que dans les annales des capucins, on retrouve cette anecdote: « Un jour que, malgré la peste, deux jeunes gens de la ville se querellaient au- devant de l’église des Capucins et formaient le dessein de se battre-en duel, le P. Fulgence et le F. Joachim accoururent pour les séparer, et furent, l’un et l’autre, atteints du mal dont les querelleurs portaient en eux le germe« .

Cette grande peste qui a touché l’Italie, la Vénétie et la Provence, prendra fin en décembre et au 1er janvier près de 4000 gapençais et notables retrouvaient leur maison désinfectée et « parfumée ». Le commerce était rétabli et, selon le Courrier des Alpes dans son édition de 1846, on compte jusqu’à 2500 victimes pour Gap. D’autres foyers persistèrent au cours des mois suivants, notamment dans le Valgaudemar et le Dévoluy, mais pas à la même échelle de tragédie.

Fait remarquable… Le canton de Tallard fut épargné. C’est , en tout cas, ce que raconte l’histoire, le fait de la protection de Saint-Grégoire. Cependant, si Tallard ne compte pas de décès, beaucoup furent touchés par la maladie. Mais bon… Tous furent guéris !

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