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Covid-19: Nous sommes en paix…

Seconde allocution du Président de la République le 16 mars 2020

Détails des mesures en place ICI

Analyse et décryptage

Emmanuel Macron s’est adressé pour la seconde fois en 4 jours à la Nation pour annoncer une série très contraignante de nouvelles mesures pour endiguer la pandémie.

Palais de l’Elysée (image: ressources FranceTV-info)

«  l’épidémie était peut-être pour certains une idée lointaine, elle est devenue une réalité immédiate, pressante » déclare t-il en introduction de son intervention. « Jamais la France n’avait dû prendre de telles décisions – évidemment exceptionnelles, évidemment temporaires – en temps de Paix. Elles ont été prises avec ordre, préparation, sur la base de recommandations scientifiques avec un seul objectif : nous protéger face à la propagation du virus« 

Revenant sur les dispositions déjà appliquées ou annoncées ces derniers jours (fermetures des toutes les écoles, crèches, bars restaurants…) Le chef de l’Etat est revenu sur la faible prise de conscience d’une partie d’entre-nous de la gravité de la situation en continuant de se réunir, se rassembler, notamment sur les marchés comme si de rien n’était…. Ce dimanche, Pascale Boyer, Députée de la majorité nous déclarait, à ce propos, qu’elle avait eu la Préfète des Hautes-Alpes, Martine Clavel le matin au téléphone qui lui a confirmé qu' »aucune consigne sur le Marché de samedi n’avait été envisagée et que seuls les marchés couverts étaient concernés« . Cependant, le bon sens n’est pas une consigne administrative et chacun d’entre-nous y a accès relativement facilement. (ndlr: En concertation et accord avec la Préfecture, la mairie de Gap maintient les marchés du mercredi 18 mars, du vendredi 20 et du samedi 21. Des restrictions sont annoncées sur la nature des commerces autorisés (alimentaire principalement).)

« Faisons preuve au fond d’esprit solidaire et de sens des responsabilités. Chacun d’entre nous doit à tout prix limiter le nombre de personnes avec qui il est en contact chaque jour. Les scientifiques le disent, c’est la priorité absolue » insiste le Président et annonce avoir « décidé de renforcer encore les mesures pour réduire nos déplacements et nos contacts au strict nécessaire. Dès demain midi et pour 15 jours au moins« 

« Cela signifie que les regroupements extérieurs, les réunions familiales ou amicales ne seront plus permises. Se promener, retrouver ses amis dans le parc, dans la rue, ne sera plus possible » en dehors des sorties indispensables comme faire ses courses, aller au médecin, au travail ou faire un peu d’exercice physique. La nouveauté de ces mesures est que les manquements pourront être sanctionnés par des amendes. « écoutons les soignants, qui nous disent : si vous voulez nous aider, il faut rester chez vous et limiter les contacts. C’est le plus important » alerte t-il.

« nous posons des interdits, il y aura des contrôles (…) Mais la meilleure règle, c’est celle qu’en tant que citoyen, vous vous appliquez à vous-mêmes. Une fois encore, j’en appelle à votre sens des responsabilités et de la solidarité.  » a martelé Emmanuel Macron.

Pour ce qui est de la vie démocratique, le chef de l’Etat précise « Dans ce contexte, après avoir consulté le Président du Sénat, le Président de l’Assemblée nationale mais également mes prédécesseurs, j’ai décidé que le second tour des élections municipales serait reporté. Le Premier ministre en a informé aujourd’hui même les chefs de parti représentés au Parlement. Cette décision a fait l’objet d’un accord unanime » Même s’il se félicite de la tenue du premier tour qui permet à près de 30 000 communes d’avoir un nouveau conseil municipal dés ce premier tour, la question de la sincérité du scrutin reste entière. Les bas taux de participation laissent planer un doute sérieux sur les scrutins de liste.

« Nous sommes en guerre »

A 6 reprises, le président utilisera cette expression dans la seconde partie de son intervention. Elle n’est en rien anodine et consiste à justifier le passage par ordonnances de mesures liées à la « gestion de crise » (ndlr: et non pas de LA crise). Les mots sont précis et placés stratégiquement pour préparer l’opinion à un éventuel recours à l’article 16 de la constitution qui donne une partie du pouvoir législatif au chef de l’Etat. Pour le moment, il reporte toutes les réformes en cours jusqu' »au jour d’après » et demande au parlement de voter une « loi permettant au gouvernement de répondre à l’urgence« .

« Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire, certes : nous ne luttons ni contre une armée, ni contre une autre Nation. Mais l’ennemi est là, invisible, insaisissable, qui progresse. Et cela requiert notre mobilisation générale« , là encore, les mots sont calculés et doivent permettre aussi de justifier une injection de 300 milliards d’euros pour couvrir les arriérés et retards de remboursement des emprunts bancaires « à toutes les entreprises  » qui seront soutenues pour qu’aucune ne se retrouve en faillite et la garantie de l’état sera effective. Pour les plus en difficultés (non détaillé) les factures courantes ainsi que les loyers « devront être suspendus ».

« Nous sommes en guerre. La Nation soutiendra ses enfants qui, personnels soignants en ville, à l’hôpital, se trouvent en première ligne dans un combat qui va leur demander énergie, détermination, solidarité. Ils ont des droits sur nous. Nous leur devons évidemment les moyens, la protection » Ainsi la « mobilisation » des hôtels et taxis est justifiée. Le Président assure que l’état paiera et on ne peut donc pas parler de « réquisition » à proprement dite.

« Nous sommes en guerre, oui. Le pays accompagnera dans cette période les régions les plus touchées aujourd’hui comme celles qui le seront demain » permet de justifier le recours à l’armée et le déploiement d' »hôpitaux de campagne » dans les jours qui viennent en Alsace mais ailleurs si besoin est. Il précise que les forces militaires pourront être amenées à déplacer des malades pour « décongestionner » des zones saturées, si besoin.

« Nous sommes en guerre (…) Dès demain midi, les frontières à l’entrée de l’Union européenne et de l’espace Schengen seront fermées. Concrètement, tous les voyages entre les pays non-européens et l’Union européenne seront suspendus pendant 30 jours. Les Françaises et les Français qui sont actuellement à l’étranger et souhaitent rentrer pourront bien entendu rejoindre leur pays. ». La décision est prise après consultation « entre européens« .

La partie sociale n’est pas oubliée et le chef de l’Etat assure que personne, en France, ne sera laissé sans ressources et que les associations humanitaires seront mobilisées pour répondre aux besoins de plus démunis. On ne sait pas dans quelle mesure ces dernières pourront répondre aux besoins sans mettre en première ligne de danger les bénévoles. (Rappel: la trève hivernale est repoussée jusqu’au 30 mai)

Sur le covid-19: Le Président précise que les recherches continuent et annonce qu’il y a des pistes prometteuses en matière de soin et que les études pour trouver un vaccin sont en cours.

Nous sommes en guerre en période de paix

A situation inédite, raisonnement inédit:

Il faut séparer dans l’intervention du Président de la République deux aspects:

Le premier est celui du rappel de l’urgence qui n’était pas, peut-être, suffisamment marqué lors de sa première allocution. Il en appelle à la solidarité et la responsabilité de chacun comme à la mobilisation de tous pour endiguer, ralentir une pandémie d’un virus que la science ne maîtrise pas pour le moment. Limiter nos déplacements et éviter les contacts non essentiels devraient, selon les spécialistes, les chercheurs, selon les retours d’expériences en Chine notamment, largement produire des effets positifs. Il est moins sur la réserve quant à la gravité de la maladie et indique que les personnes âgées et fragiles ne sont pas les seules en danger. Le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, précisait il y a deux jours que 50% des personnes en réanimation avaient moins de 60 ans.

Le second partie est plus institutionnelle: l’usage répétée de l’expression « nous sommes en guerre«  n’est pas faite pour faire peur mais pour justifier des mesures liberticides temporaires, des recours législatifs exceptionnels et débloquer des fonds très importants qui représentent près de 15% du budget national. Cela permet également de mobiliser l’armée pour des missions sanitaires en la mettant au service du peuple. C’est aussi pour montrer au monde que la France, l’Europe, sont au combat et qu’il n’y a pas « péril en la demeure » et que « le jour d’après » la situation sera rétablie et cela permet de rassurer sur les échanges commerciaux et d’atténuer les crispations des marchés.

En conclusion:

A quelques détails près, le Président est aux commandes et il vient de le rappeler. Le peuple de France n’est pas plus indiscipliné que les autres mais ses dirigeants ont un certaine habitude du louvoiement qui ne rend pas toujours la situation très claire. C’est chose réglée, dirons-nous. Nous sommes en paix ! Enfin… Nous le resterons à deux conditions: 1) que tous soyons suffisamment conscients qu’il faut accepter des contraintes temporaires dans des circonstances exceptionnelles et 2) que le pouvoir en place reste bien dans les clous qu’il a défini.

Leo Artaud

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