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Vivre dignement #cestlabase

Handicap : Vivre sa vie de couple avec de dignes revenus

Photo de Alexandre Saraivat Carniato (ressource Pexels)


A l’appel de quarante sept associations la conférence nationale sur le handicap s’est tenue à Paris, le onze février dernier. Solidaires et unies elles alertent sur une inquiétante problématique des situations de misère et de pauvreté, subies au quotidien par prés de deux millions de personnes handicapées en France. Afin d’ éliminer cette inégalité sociale un plan d’urgence à la hauteur de cet enjeu est demandé au gouvernement. Cette requête passe par une pétition en ligne « Pouvoir Vivre Dignement C’est la base ! ».

Le rôle crucial de l’APF


Crée en 1 933 par André Trannoy, l’association reconnue d’utilité publique défend la représentation des personnes en situation de handicap ainsi que de leurs proches. Jusqu’ en avril  2 018, la structure associative a été connue et reconnue sous la dénomination d’ «Association des Paralysés de France ». Depuis peu de temps elle se nome « APF France handicap ».  Représentative du fait de ses 100 000 acteurs engagés elle fait vivre des valeurs humanistes et militantes à dominante sociale. Un projet d’intérêt général est né: la lutte pour une société inclusive et solidaire, au cœur de notre société individualiste, grave facteur d’exclusions diverses…  Ses 80 ans d’histoire ont étés rythmés par un rayon d’action cohérent et les causes défendues passent de l’égalité des droits à la citoyenneté. Cette  dernière est fondamentalement liée à une réelle participation sociale des personnes handicapées. En creux le libre choix du mode de vie personnel et familial reste une revendication essentielle.  

Le handicap situation encore méconnue


En France la notion de handicap fait l’objet d’une définition légale. Selon la loi numéro 2 005-102 du 11 février et de son article 114 (Source : Site handicap.gouv.fr) pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées se définit comme tel: « Constitue un handicap au sens de la présente loi toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne, en raison d’ une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant»

Une loi d’exclusion sociale indigne d’une société dite « civilisée »


Le groupe parlementaire « Libertés et Territoires » porte un contre projet de loi visant à individualiser totalement l’attribution de l’AAH (ndlr : Allocation d’Adulte Handicapé). Il s’agit de dissocier le montant de l’allocation des revenus du conjoint visant à son plafonnement, souvent source de précarité ou de suppression totale de cet unique revenu.  Les conséquences de ce calcul résultent en une double peine la précarisation associée à l’impossibilité de vivre une vie commune en couple… En sus les personnes handicapées, parfois lourdement, sont souvent contraintes à l’impossibilité de travail due à leur état de santé dégradé.  Financièrement prés de deux millions d’entre elles survivent sous le seuil de pauvreté, d’un montant de 1 041 euros mensuels. Pour rappel ce seuil monétaire correspond à un taux de 60 % du niveau de vie médian de l’ensemble de la population Française, d’après l’Insee (ndlr : Institut national des statistiques et des études économiques). En réponse à ce constat les 47 associations signataires de la conférence sur le handicap portent trois revendications:

1)La création d’un revenu universel, permettant aux personnes en situation de handicap de vivre dignement.

2) la non prise en compte du revenu du conjoint pour le calcul de l’AAH

3) Plus aucune personne en situation de handicap ou de maladie invalidante vivant sous le seuil de pauvreté.

Dans un entretien au téléphone un directeur régional de l’APF (PACA) éclaire notre lanterne: Politiquement il juge les prises de position actuelles du gouvernement comme une stagnation, voire un recul. Trois parlementaires ont étés consultés sur les départements du 04 et 05, par des représentants de l‘APF national et leur réponse fût négative… Pour eux c’est un choix de vivre en couple ou pas. Néanmoins certains parlementaires reviennent sur la mesure:  pour deux d’entre eux les personnes en situation de précarité doivent garder l’intégralité de leurs revenus. Cette loi est injuste ! Le handicap n’est pas choisi. Pourquoi ce gouvernement veut imposer la précarité ? Derrière l’indépendance financière se joue le respect de la personne.  


P E: J’effectuais des recherches sur le site gouvernemental avant l’entretien. De belles paroles y sont prononcées, opposées à leurs actes. D’après vous quelles raisons justifient ce décalage entre les discours et les mesures ?

DR: D’abord nous sommes en période électorale. Ils ne prononcent que des mots… Certes les annonces gouvernementales nous intéressent, mais nous attendons du concret et plus des promesses ! Ces effets d’annonce me laissent dubitatif. Les conférences sur le handicap ont lieu tous les six ans. .. Aujourd’hui le gouvernement a un certain nombre de dossiers sur le dos, voire de casseroles. Pour se donner bonne conscience ils ont organisé la conférence !

PE: Actuellement où en est l’accessibilité des lieux publics, après la loi de 2 005 ?

DR: Elle a peu évolué ! En termes de changement il existe trois dérogations valables pour des raisons techniques, économiques (chiffre d’affaire des commerces en baisse) et architecturales. Cette dernière est plus discutable. Les commerces existants savent ce qu’ils doivent faire… Mais ont-ils fait usage de leurs dérogations ?  A Gap seul un cinéma sur trois est accessible aux personnes handicapées, le Royal ! La règle de l’ancien et du neuf régit les aménagements d’accessibilité. Pour les bâtiments nouveaux 20 % des logements doivent être accessibles. L’OMS (NRLD : Organisation Mondiale pour la Santé) compte 13 % de personnes handicapées, dans la population. Le compte semble y être… Mais quelle vie sociale auront-ils en matière de travail ou de loisirs ? Pire selon La même organisation le surcoût pour rendre un logement accessible est seulement de 2 %. Dans 50 ans tout le monde pourra vivre les actes de la vie quotidienne… Les personnes handicapées doivent avoir cette possibilité dés maintenant !

La justice sociale passe par une entière inclusion de tous les citoyens, sans distinction liée à leur état de santé.  L’égalité des droits nécessite une réelle volonté politique, à l’échelon local et national. Néanmoins à l’ère du libéralisme effréné, destructeur de toute humanité, cette légitime quête reste t- elle dans l’air du temps ? Brûlant de cette forte fièvre électorale les candidats tenus par la cravate doivent impérativement construire des programmes incluant pleinement la totale prise en compte du handicap. La crédibilité de la démocratie est mise en jeu sur ce sujet primordial !

Pascale Escallier

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