Culture et savoirs

« Sans frapper ! »

Vendredi 6 mars à 20h30 s’est tenue la projection d’un film fort au cinéma de Laragne, grâce à la participation des associations du Planning familial 05, de la Toile du Laragnais et de Familles Rurales.

 »Sans frapper » est un film réalisé par Alexe Poukine, sorti en 2019. L’histoire est celui d’un viol, ou plutôt de plusieurs viols commis par le même jeune homme, subis par Ada, 19 ans, à Lille, et bien que la victime semble se jeter à chaque fois elle même entre les griffes de son oppresseur.

Alexe Poukine (photo ressource cinergies.be)

Le format de ce film apparaît alors totalement inattendu. Se basant sur le témoignage écrit de la jeune femme, la réalisatrice entraîne tour à tour des femmes, mais aussi quelques hommes, dans le récit conté de ces moments tragiques et douloureux.

Mathilde, militante au Planning familial 05, association féministe et d’éducation populaire, est à l’origine de la projection. C’est au festival ad hoc de Mirabel et Blacons (26), qu’elle a découvert le film ainsi que la réalisatrice. Cette dernière expliquait alors que malgré son casting initial composé en partie de comédiens professionnels, elle n’avait retenu pour le film que les passages interprétés par des non-professionnels, des gens qui ne jouent pas, qui essaient simplement de se mettre dans la peau d’Ada et qui mêlent inexorablement leurs propres vécus souvent lourds aussi.

Débat lors de la projection avec Mathilde (à gauche) du Planning familial (photo Julien Royer-Droits réservés)

On s’aperçoit alors qu’à travers la diversité infinie des histoires glauques, les échos s’entrechoquent et au final ce n’est plus seulement l’histoire d’Ada qui se raconte, mais aussi toutes celles des personnes réelles de l’oeuvre. Le film déroute, les sentiments et les émotions se questionnent, les jugements apparaissent et se voient chassés par peur de ne pas se poser justement, la culpabilité se montre à l’avant-scène… S’agit-il réellement d’un viol ? La responsabilité se voit-elle partagée ? Où se situe précisément la barrière du consentement ? Mais le problème actuel n’est-il pas que nous posions encore ces questions, justement ? L’histoire d’Ada est singulière et si banale pourtant. Si elle bouscule c’est peut-être pour nous permettre de pousser la réflexion un peu plus loin que les premières impressions, que les jugements hâtifs, que les a priori. Pour nous permettre de cheminer et d’avancer vers des idées, des conceptions, où les rapports humains, où les rapports sexuels, seraient plus justes pour tous.

Vendredi prochain, toujours à Laragne, sera projeté le film « Les charbons ardents » réalisé par Hélène Milano à propos de ce qu’évoque et revêt l’identité masculine pour les jeunes hommes d’aujourd’hui…

Aurore Althen

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