Politique

Elections municipales et communautaires 2020 Gap:

ça pédale dans la semoule !

Approchez-vous un peu de l’écran, j’ai un truc à vous dire juste entre nous avant de commencer cet article… Voilà… Vous y êtes? : Gap, nous sommes d’accord que c’est une ville bien agréable et belle à l’alentour… Mais entre-nous… la politique?… Ce n’est pas son truc… On le sent bien… ça pédale bien dans la semoule !

C’est le lot, nous dirons nous, des petites villes moyennes qui sont bien souvent le siège du pouvoir notable où les vieilles habitudes ont la peau dure. L’entre-soi et le réseautage restent, malgré un élargissement de la population, très prégnants. Cette campagne n’aura pas permis de dépasser réellement, en dépit de la volonté de certains membres des listes opposées, les vieux réflexes verticaux souvent très loin de la pratique démocratique affichée. Ça pédale dans la semoule mais c’est déjà mieux que de rouler sur la béquille.

La gauche sociale et écologiste en mode « wait and see » (traduction: ah? y avait une élection? ah mince et zut et crotte, on l’a su trop tard) n’est pas de la partie. Occupée, il est vrai, par le mouvement social contre la réforme des retraites, de l’assurance chômage, la FI, Ensemble sont entrés dans l’action par le biais d’un référendum local qui sera proposé le jour du scrutin communal (cf: Article: Le RIC municipal aura bien lieu), le PCF, quant à lui, ne sait plus très bien sur quelle faucille danser ni quel marteau lever. Étonnante et originale situation dés lors qu’on se dit que le moment était certainement le meilleur pour proposer une alternative en partant du pouvoir de la commune… Un autre chemin est pris et nous verrons qui avait raison dans quelques temps.

3 listes en présence: Ambitions pour Gap, Gap autrement et Ensemble pour Gap qui ont, chacune , tenté de se présenter sur un spectre large « ni droite-ni gauche » « au delà des partis » en mettant en avant des colistiers non encartés, venus de « l’autre bord », transfuge de ceci ou cela. Listes dites « citoyennes », terme qui serait opposé à la filiation idéologique et partisane dans l’esprit, ou plutôt la com, des candidats et qui permet à ces derniers de ne pas afficher des logos négativement connotés. On connaît la chanson, c’est le tube du moment, et un tube c’est une mélodie facile et souvent pompée avec des paroles creuses. La réalité est que les choix économiques qui vont déterminer la mise en place des programmes seront bien de gauche ou de droite.

L’écologie, réjouissons-nous, est la pierre angulaire des trois projets en lice mais selon qu’elle sera déterminée sous l’angle libérale ou sociale est bien un choix idéologique. Dans tous les cas, les 3 listes ne remettent pas en cause la domination de l’économie de marché et les marges sont donc très réduites, voire inexistantes, pour aller au delà de quelques aménagements ici et là mais rien de révolutionnaire; Elles se révèlent également peu volontaristes face à l’urgence de la destruction environnementale liée à la fois au dérèglement climatique mais également aux pratiques productivistes des acteurs économiques, notamment, du tourisme industriel (mais pas que). Il n’en reste pas moins que la liste la moins crédible sur ce terrain est celle d’Ensemble pour Gap conduite par Roger Didier au vu d’un bilan très maigre en la matière.

Côté démocratie, une des trois listes s’en sort un peu moins mal. Quand certains confondent « collectif » et « clan » Ambitions pour Gap affiche une liste plus activiste en terme d’acteurs associatifs et aura toujours répondu à toutes nos questions sans condition et à toutes les échelles de la liste. Ce qui est moins le cas de Gap autrement et encore moins d’Ensemble pour Gap qui ne répond pas et s’en remet toujours à « la parole du chef« . Sur les questions de financement et de transparence, même constat. Cependant… On a déjà vu des campagnes très ouvertes se refermant une fois la victoire acquise mais le contraire… ça on ne l’a jamais vu !

Côté social, Gap autrement se démarque un peu et fait des annonces plus concrètes que ses adversaires. La constitution de la liste la rend plus sensible sur ce terrain et affiche une meilleure expertise. Dans un autre temps (celui de Casimir et de l’île aux enfants) nous aurions put dire Que GA est plus prolo et APG plus bobo… Mais nous sommes au temps d’Hanouna et de la télé-réalité.

Côté sécurité, là encore c’est Gap autrement qui va plus loin et est plus ancré dans la réalité. Les propositions de politiques de prévention et de médiation dans son projet apparaissent plus crédibles que le renforcement des polices municipales ou la culture intensive de la caméra qui restent un puits sans fond. Ambitions pour Gap piétine un peu sur la question quant à Ensemble pour Gap, là c’est du Clint Esatwood mais sans le style.

Pour chaque groupe une proposition qui nous parait positive:

Ambitions pour Gap: Mettre le mobilier urbain à hauteur des enfants.

Gap autrement: Mettre en place un bus du service public

Ensemble pour Gap: Créer un parc ornithologique et pédagogique

3 mesures qui nous paraissent négatives:

Ambitions pour Gap: aménagements d’espaces communs sous le partenariat public-privé

Gap autrement: La densification du milieu urbain

Ensemble pour Gap: La fermeture du parc de la Pépinière la nuit (et de tous les parcs en général)

L’avis de la rédaction: GA et APG ont des projets sensiblement identiques avec des différences à la marge et on se demande encore pourquoi font-ils liste à part en dehors des querelles de personnalités. Cependant, la liste du maire sortant est peu convaincante sur sa volonté de changement et nous fait une « jospinade » (faire semblant de faire campagne) pour imposer son agenda avec peu de succès (cf: le débat sur les mobilités). Dans ce cadre là, on peut penser qu’il y aura un second tour et que les deux premières listes réussiront à s’entendre si elles ont à cœur l’intérêt général.

Ambitions pour Gap est plus innovante en matière de démocratie et plus convaincante sur la politique de la petite enfance (cf: débat sur la petite enfance). Dans l’ensemble, on sent une volonté de modernisation, de changement et d’ouverture plus en profondeur que les deux autres listes.

Gap autrement offre un visage plus terrien que ses adversaires. Plus concret dans ses propositions sociales, le projet n’a rien de révolutionnaire mais répond a des besoins catégoriels. Dans l’ensemble on sent une volonté de transformation mais à petits pas.

Ensemble pour Gap se joue de contradictions: voulant à la fois renforcer l’investissement tout en maintenant une politique économique d’austérité sans augmenter l’impôt… Avec les baisses de dotations à venir, par la nouvelle circulaire ministérielle sur la décentralisation de janvier, qui vont encore sabrer les budgets, tout cela ne paraît pas bien tenable. Dans l’ensemble on sent une volonté de développer l’emploi mais sans prendre en compte la transition économique de la politique antisociale du gouvernement, notamment en matière de travail saisonnier. On est dans la continuité d’une politique moins d’entreprise que de prudence par la stagnation.

En conclusion: Beaucoup de petites choses positives ressortent sur les 3 listes mais sont relativement éloignées des enjeux cruciaux en matière d’emploi et de la transition indispensable du secteur touristique. Cependant, une campagne est un temps de débats et la ligne politique de chacune des listes reste un bon critère de choix. Les candidats ne sont pas, non plus, responsables de la durée de la campagne et du mépris de l’institution pour ce rendez-vous capital. Chacun doit donc faire dans un temps très court et des conditions peu favorables à l’innovation dans une ville préfectorale. Si on excepte quelques bisbilles ici et là et qui ne nous intéressent pas, on a vu des équipes bien motivées et en grattant le vernis, des gens de bonne volonté dans les 2 listes APG et GA. Nous regrettons que la liste du maire sortant n’ait pas daigné nous répondre.

Leo Artaud

Print Friendly, PDF & Email

Catégories :Politique