Culture et savoirs

Handicap visuel : Une inclusion fondamentale


Indispensable à toute vie une bonne vision peut se muer en une situation de handicap, du fait de son atteinte physiologique. Certes la canne blanche et le chien-guide aident les personnes mal ou non voyantes lors des déplacements urbains néanmoins leur inclusion dans « la société des voyants » reste difficile. Ce constat est la base de réflexion de l’association Alpes Regards 05.


Une association d’utilité publique


L’association Alpes Regards 05 accompagne l’ existence des déficients visuels des Hautes Alpes. De statut loi 1 901, elle est reconnue d’intérêt général. Conviviale et dynamique cette structure assure quatre missions au service des personnes déficientes visuels: le conseil, l’échange, l’information et la représentation.

Enjeu majeur dans notre société individualiste, le lien social s’y tisse au fil de moments partagés empreints de chaleur humaine, seul remède à l’inadmissible isolement. Son fonctionnement est soutenu par la CPAM 05 (NRLD : Caisse Primaire d’Assurance Maladie), le Conseil Départemental, des communes ainsi que des donateurs et autres partenaires.

Utile elle l’est vraiment au regard de lieux publics pas ou si mal adaptés à ces situations handicapantes. Privées de vue ou lésées, les personnes risquent en sus de la solitude, une perte d’autonomie faute d’aide.Interrogée, une employée d’un hypermarché affirme officiellement l’absence de dispositions particulières. Selon cette jeune femme une aide humaine spontanée est déjà à l’œuvre: « Il faut savoir se rendre disponible pour rendre service à un client sinon l’employé peut s’abstenir de travailler avec la clientèle« . En centre ville le magasin Monoprix propose un équipement lié à une application. Ainsi connecté le client connait l’emplacement du commerce à une distance de 100 mètres en amont. Devant la porte d’entrée un bip se fait entendre en guide relié à un boitier. En dépit du manque en braille des étiquettes des produits, l’ensemble des salariés sont prêts à aider volontiers.

La technologie mise au service de la culture pour tous à la traîne…

Selon Vincent Aurouze, responsable du cinéma Le Palace, aucun matériel adapté n’existe réellement sauf une bande en audio description concernant chaque film. Vraisemblablement certains spectateurs lambda refusent de l’entendre telle une gêne… Cet établissement privé n’emploie pas d’audio descripteurs formés. Notable avancée, chaque année une séance en audio description totale est proposée, lors de la fête du court métrage (le 26 mars à 16 heures). En lien, les associations font le relais de l’événement. En complément des casques et divers récepteurs mobiles les spectateurs mal voyants connectés peuvent utiliser l’application « Greta ».  Ce dispositif capte la bande son. Néanmoins un souci de taille s’impose… Les distributeurs ne veulent pas communiquer leur bande son, gratuitement, par crainte du piratage.    

Dans le cadre des séances « Lire Autrement » de la Médiathèque de Gap, des lecteurs mal voyants et des bénévoles de l’ UNADEV (ndlr : Union Nationale des Aveugles et des Déficients Visuels) me livrent une belle démonstration de leurs aides à la lecture:

Bonjour Franck ! Pourquoi utilisez vous ces équipements de lecture ?

Ca montre des mails et du traitement de texte . C’est beaucoup internet que j’utilise. Parce que ça permet de savoir plein de choses des journaux; de se renseigner et faire   des recherches ou d’aller sur l’annuaire pour chercher un numéro. Enfin des choses qu’on avait pas la possibilité de faire avant ! Il fallait toujours de l’aide de quelqu’un. Ça permet d’être un peu plus indépendant.

Je vois le clavier. Il m’a l’air facile d’accès. il vous permet d’avoir accès à la culture. Vous n’avez besoin de personne pour lire ?

Il y a des sites internet plus pratiques que d’autres. Là ils ont chargé les publications des journaux. On peut lire le Dauphiné et l’Express… Enfin il y en a ! Je ne connais pas tout. Je ne viens pas tous les jours ici. Mais il y a plein de choses qu’on peut faire seuls. Je suis Franck, utilisateur du matériel de la Médiathèque

J’assiste à une démonstration d’utilisation d’un appareil de lecture guidée par un bénévole de l’association Alpes-Regards 05:

 –Donc ici nous sommes devant un télé agrandisseur. C’est un écran avec une caméra.  Sous cette caméra on va poser un document, qu’on va pouvoir lire. Evidemment ce document sera lu par un système fixé sur l’écran. Donc de ce matériel on peut s’en servir pour lire son courrier ou tout simplement des livres, pour ceux qui perdent quasiment la vue. Il faut quand même voir un petit peu ! Sinon une personne aveugle ne peut se servir de ce matériel là. Pour les personnes aveugles il y a d’autres systèmes de lecture. Sur ce télé agrandisseur on peut changer le contraste. On va modifier le fond d’écran. Là par exemple il est en blanc relativement brillant. Si je le tourne ici. C’est un blanc plutôt gris. Là on a un fond jaune avec des caractères noirs.

Pourquoi ce changement de contraste est possible ?

Parce que certaines personnes sont beaucoup plus sensibles à ces différentes couleurs ou contrastes. Par exemple il y a des gens qui ne pourraient pas supporter un fond brillant. Ça va les éblouir ! Nous avons aussi la possibilité d’avoir un fond noir, avec des lettres jaunes. Là nous sommes dans le gris. Là normalement il y en a un autre en bleu nuit. Donc ce système là permet de garder une autonomie ! C’est un matériel relativement cher. Pour l’acquérir si on a pas des aides de la MDPH (ndlr : Maison Départementale Des Personnes Handicapées) il faut payer entre 3 000 et 4 500 euros… 

Que faire pour pouvoir l’acquérir d’une manière différente qu’en passant par les aides de l’ Etat ?

C’est pas possible et compliqué ! Sauf si on a les moyens de se l’offrir. C’est difficile à dire quand on vit sur des petites retraites. Sauf si on a été cadre une partie de sa vie… Quand on est employé, ouvrier ou même enseignant on a des difficultés pour acquérir un tel matériel ! Si on a fait sa déclaration d’handicap à soixante ans, là on peut bénéficier du minimum vieillesse. Il y a une majorité de la population atteinte de problèmes visuels et de la DMLA (Pathologie de la vision déformant les lignes). En principe la maladie survient après soixante ans. Sans des moyens on ne peut pas acheter ce matériel ! La Médiathèque de Gap nous offre cette chance ! L’UNADEV (ndlr: Union Nationale des Aveugles et Déficients Visuels) a doté cette Médiathèque de matériel. Il est à la disposition du public tous les jours. Donc il faut quand même le savoir, le dire et faire de la publicité ! Nous en tant que association Alpes Regards 05 on vient tous les quinze jours. Pour aider justement les gens à se servir ou à découvrir ce matériel. Je suis un aidant bénévole de l’UNADEV.»

Le fonctionnement de la machine à lire m’est expliqué. Une page est glissée dans la machine:

Ça fonctionne comme un scanner. La liseuse scannérise la page, ensuite une voix de synthèse va lire le texte. La machine lit le livre pour la personne. Il y a divers boutons: pour aller plus vite, plus fort ou plus doucement. La voix de synthèse indique la vitesse de lecture choisie. On choisit selon ce qu’on veut et on peut aussi lire par phrases et mots ou bien tout le texte. Après on entend « La page va être scannérisée » elle scanne et elle lit la page. C’est bien pour lire par exemple une lettre. Moi je m’en sers pour tout… L’intéressant est  la voix. Elle est quand même assez audible. Après on peut l’accélérer, la rendre plus grave ou plus aiguë… Voilà on peut changer un tas de paramètres. Mais sinon le maniement est très facile ! L’avantage est le relief. Quelqu’un qui ne voit pas peut s’en servir, rien qu’en touchant les touches ! En haut, en bas, à droite, à gauche tout est en relief.»   

Il ne pourrait pas être mis à disposition plus largement ?

Non parce que on nous le prête. Il vaut quand même 4 700 euros ! Donc on lui a prêté l’autre jour le temps qu’il le montre au personnes intéressées. Après il l’a renvoyé. Il a dit « Je ne peux pas le garder. » Il aurait fallu qu’il nous en amène un ici ! C’est l’UNADEV qui a financé tout ce matériel, ici à la Médiathèque de Gap. C’est eux qui ont fait don de tout ce matériel pour pouvoir après le montrer à des personnes. A une époque quand on a crée l’association, il n’y avait rien du tout… On savait pas quel matériel on pouvait avoir et ce qui existait. On n’avait jamais de démonstrations, pour quoi que ce soit ! Alors que maintenant des personnes en ont besoin. Mais si elles voient… On trouve du matériel différent.

Donc les personnes déficientes visuelles n’avaient pas accès à la lecture ? ou bien elles se faisaient lire des livres par un aidant ?

Oui on peut faire ça. Mais il faut en trouver des aidants, qui le fassent ! Moi j’ai un mari. Il commence à lire puis après il s’arrête.  Il y a des panneaux indicateurs. La dernière fois nous étions à la pépinière et on regardait ces panneaux. C’est compliqué ! Il commence à lire. Puis après il en a marre… C’est trop long alors il abrège. Voyez c’est pas facile !

vous pouvez le demander à une auxiliaire de vie ou à une aide ménagère ?

Oui ou à une amie comme Christine, que vous avez vu. Elle va faire de la lecture chez une adhérente de l’association. Tous les jeudis elle y va  ! Ça lui plait d’entendre, quelqu’un qui lui lise. La machine est bien mais il n’y a pas la voix ou l’intonation. Il n’y a pas trop de ponctuation… Bon il ne faut pas trop chercher, c’est mieux que rien, on va le dire… Ça ne remplace jamais les yeux ! Il faut le savoir. 

Ces dispositifs aident les personnes à se sentir incluse dans la société ?

Comme je vous dit ça a cheminé… Moi il y a vingt ans en deçà je ne savais même pas que j’avais droit à du matériel, rien du tout quoi ! Il n’y avait pas de MDPH. J’allais à Marseille faire des dossiers. C’était complexe et pas marrant tout cela. Il fallait des démarches… Même le matériel on savait pas, qu’on y avait droit. Parce que ce matériel là on ne peut pas se le permettre… Il n’y a pas tout le monde, qui peut se l’acheter ! Il faut savoir que ce matériel n’est pas fait à grande échelle donc ils ne peuvent pas faire des prix, comme sur des télévisions ou des choses courantes.

 On a aussi ce qu’on appelle l’audio description. Vous en avez entendu parler. Par l’intermédiaire de notre association, les bénévoles de Briançon, il a été mis en place des audio descripteurs formés. Il y a du matériel, qui a été acheté. On est allés le tester il y a une semaine lors d’une pièce de théâtre à Briançon. Ces audio descripteurs bénévoles se sont formés Il n’y a pas longtemps. Ils nous ont décrit la pièce pour ceux qui ne voient pas.

Pendant les moments de creux ou sans paroles elles expliquent, par exemple, ce qu’il y a sur le décor. S’il y a quelque chose qui change et les tailles des costumes… En fait tout ce qui peut donner un sens ou une idée à la personne qui ne voit pas de savoir ce qui peut se passer sur scène. Ce n’est pas évident à faire quand il y a beaucoup de paroles et de texte. Il faut qu’elle arrive à synthétiser et à retranscrire, ce qui se passe. Avant ils nous ont fait toucher les décors. Déjà il y a une idée de ce qu’il y avait sur la scène. C’était intéressant parce que c’était la première fois ! Ça c’est déjà fait au théâtre ici à Gap, des pièces en audio description mais il venait quelqu’un d’ailleurs. Puis cette personne ne le fait plus… C’est plus compliqué ! Là c’est des gens qui ont étés formés sur place, avec du matériel adapté. 

l’inclusion des personnes mal voyantes et aveugles progresse doucement, mais sûrement ?

Oui si on regarde des années en arrière. Il y a du mieux. Nous en tant qu’association on ne peut pas tout faire. On regroupe les gens. On arrive à échanger entre nous, à faire quelque chose comme des sorties pour que les personnes se rencontrent sans se complaire à parler du handicap. Le but est justement que les uns poussent les autres ! 

Fondamentale, l’inclusion des personnes atteintes de cécité ou mal voyantes passe impérativement par le plein droit à une culture pour tous. La volonté politique est le levier indispensable pour permettre à chacun d’y accéder. En cette période électorale, il est impératif que les programmes des candidats sur le handicap aillent beaucoup plus loin que ce qu’ils proposent aujourd’hui.

Pascale ESCALLIER

Mardi 3 mars 2020 de 14h à 16h.
◈◇ Découverte et initiation à l’utilisation de matériels de lecture adaptés. Téléagrandisseur, machine à lire, loupe électronique, sont à votre disposition à la Médiathèque.
◈ Les bénévoles de l’association “Alpes Regards 05” vous accompagneront dans leur découverte !
❖ À partir de 12 ans. ❖ Entrée libre.

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