Les quartiers

Une lueur au dehors…

Article: Leo Artaud

Tous les mercredi matin, le café-taule installe devant la Maison d’arrêt de Gap son petit abri pour accueillir les compagnes, compagnons, ami-e-s de personnes détenues. Boire un café, s’informer ou juste parler de ses manques, ses souffrances., « pour enlever un peu de stress des visites au parloir » témoigne Camille qui rend visite à son compagnon, l’accueil se veut simple et chaleureux.

Aide à la correspondance avec les détenus « Temps d’informations, d’échanges et d’inter-apprentissage entre les victimes de l’enfermement (prisonniers et-ou proches) » édition, également, d’une brochure informative des droits et démarches et disponible à prix libre, le café-taule rempli une mission de service publique, sans aucun doute, mais non reconnue. On y apprend comment obtenir un numéro d’écrou, un permis de visite, téléphoner, écrire, donner de l’argent… Tous ces gestes qui nous paraissent anodins mais qui deviennent lourds et pénibles face à une administration aussi fermée que le sont les barreaux d’une taule.

Tout monde « à part » est un monde et a ses propres langages : celui de l’institution et celui des prisonniers. Il a aussi ses us et coutumes qui, au delà des démarches officielles, demande de s’adapter : « Si tu as un doute sur le fait que ton proche soit incarcéré et que tu choisis d’appeler la Maison d’arrêt de Gap pour obtenir cette information, vaut mieux montrer que tu es sûr de toi… Par exemple, il vaut mieux dire « Mon frère-Mon mari est incarcéré ici, quel est son numéro d’écrou ? » plutôt que de demander « est-ce qu’untel est incarcéré ici ?». La brochure regorge de conseils pratiques qui permettent d’éviter quelques écueils qui compliqueront ou retarderont vos contacts. Mais c’est également une mine d’info si vous craignez d’y passer quelques temps.

Ce monde « à part » est dans le monde et nous tournons autour en allant et venant dans ses rues adjacentes, sa placette. Nous allons chercher, dés potron-minet, notre pain, notre journal, nous passons un moment avec nos enfants dans le petit square d’en face… Et nous ne savons rien de l’enfermement par dessus les murs dont on ne perçoit que des échos. C’est, pourtant, un lieu commun dans lequel chacun d’entre-nous peut se retrouver un jour ou l’autre. Notre société s’est choisie comme modèle judiciaire une forme d’exclusion carcérale , un contresens pour satisfaire sa bonne conscience, mais dans quelles conditions ?

Surpopulation carcérale: L’observatoire international des prisons précise:

« Dans les maisons d’arrêt, les textes prévoient que les prévenus doivent être « placés en cellule individuelle » et que les condamnés doivent être soumis à l’« emprisonnement individuel de jour et de nuit » (articles 716 et 717-2 du Code de procédure pénale). Autrement dit, la loi pose en théorie le principe de l’encellulement individuel pour tous.

Il ne peut y être dérogé que « si les intéressés en font la demande » ou « si leur personnalité justifie » que, « dans leur intérêt », ils ne soient pas laissés seuls, c’est-à-dire essentiellement pour prévenir un risque suicidaire. Autre possibilité de dérogation légale à l’encellulement individuel : des « nécessités d’organisation » pour les détenus qui travaillent ou suivent une formation scolaire ou professionnelle. Cependant, la loi de finances rectificative pour l’année 2014 est venue confirmer le caractère purement théorique de ces règles, en prolongeant jusqu’au 31 décembre 2019 la dérogation du fait de la surpopulation carcérale : « il peut être dérogé au placement en cellule individuelle dans les maisons d’arrêt au motif tiré de ce que la distribution intérieure des locaux ou le nombre de personnes détenues présentes ne permet pas son application » (article 100 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009). Le législateur fait ainsi une nouvelle fois obstacle à la consécration d’un droit des détenus à l’encellulement individuel en maison d’arrêt, l’exposé des motifs de la loi pénitentiaire affirmant même que « le gouvernement est aujourd’hui convaincu que l’encellulement individuel pour tous ne doit plus être considéré comme l’objectif à atteindre absolument. En effet, il n’est en rien démontré que ce mode d’hébergement soit conforme à la demande réelle même des détenus et à leur intérêt ».

Autrement dit, l’état justifie ses carences et son manque de volonté politique et satisfait à son électorat réactionnaire en supposant que les personnes détenues ont besoin de vivre les uns sur les autres, dans la promiscuité et que c’est bien pour eux… Lol ! comme disent nos enfants qui, un jour peut-être, pour une broutille, un écart, auront affaire à la pénitentiaire.

Cette lueur au dehors que représente le Café-taule semble déplaire aux autorités locales qui mettent la pression sur les bénévoles à coup d’amendes et de contrôle permanents. Christine, une membre du groupe d’accueil, se retrouve le 12 mars devant le tribunal correctionnel pour avoir… renvoyé une balle de ping-pong perdue au-delà du mur. Ah ! La dangereuse activiste qui emploie des armes de distraction massive ! Imaginez un peu qu’un pauvre gardien ait reçu cette baballe sur l’ersatz de fontanelle qui lui reste de sa part d’enfance ?

Vous pouvez aller à leur rencontre tous les mercredi matin (parfois après-midi) devant la Maison d’arrêt, Place Grenette à Gap. Vous y trouverez les brochures à prix libre et un café partagé autant que l’espace réduit qu’ils occupent et qui ne dérange que la municipalité.

Leo Artaud

Rassemblement prévu le 12 mars prochain à 12h00 devant le tribunal de Gap « en solidarité avec ceux qui luttent contre les prisons« 

Contact : café_taule@riseup.net

En cas d’urgence : 07 53 44 31 74

Vous pouvez, également, vous informer sur le média Vallées en luttes.

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.